Le spectacle de Guillaume et avec Guillaume Gallienne s'appelait LES GARCONS ET GUILLAUME A TABLE ! Le film aussi. Je n'ai pas vu le premier. Le second m'a fait rire très souvent...

En voici l'exergue par l'auteur lui-même :

Guillaume Gallienne2
Guillaume Gallienne2 © radio-france

"Le premier souvenir que j'ai de ma mère, c'est quand j'avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t'embrasse, ma chérie"; eh bien disons qu'entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus."

Au jeu de l'égo, Gallienne le rusé petit bonhomme à la Sempé l'emporte largement sur Bruni-Tedeschi la sur-médiatisé à la Gala. Il ne parle que de lui, mais avec tant de recul, d'ironie, d'invention et d'humour ! Mais avec quel talent d'acteur refusant l'hystérie au profit du rire et, parfois, de l'émotion ! Mais avec quel savant dosage de ces deux ingrédients si difficiles à manier ! Il faut le voir virevolter tout au long de son film entre ses trois personnages principaux : l'acteur Gallienne sur une scène de théâtre, le personnage de Guillaume et, cerise sur le gâteau du rire, sa mère qu'il joue lui-même, sorte d'incarnation géniale d'un condensé de Natahalie Baye pour le chic, Josiane Balasko pour la gouaille, Valérie Lemercier pour le 16ème déjanté et Muriel Robin pour le culot jamais pris en défaut. Gallienne tient ces trois notes en permanence avec face à lui des camarades de jeu incroyables de drôlerie, Françoise Fabian (sa grand-mère) et André Marcon (son père) en tête.

Certaines scènes sont d'ores et déjà d'anthologie, comme cette féria espagnole avec sa Sévillane en folie ou bien cette adaptation de Sissi impératrice dans une chambre d'ado tourmenté... D'autres font étrangement écho à des passages obligés des comédies françaises de la grande époque : il y a ainsi du De Funès en Gallienne quand avec le même physique de poulet et le même aplomb il tente de rivaliser avec un culturiste teuton. Sans compter une scène de conseil de révision du Service militaire qu'on croit avoir déjà vu cent fois et que Gallienne et son partenaire parviennent à faire exploser.

Le film de Gallienne porté par une belle énergie fait mouche, y compris pour le récit de cette drôle de trajectoire au cours de laquelle une sexualité et une personnalité s'éveillent contre vents et marées et surtout contre famille et clichés. On ne saurait trop remercier la Quinzaine des Réalisateurs, lors du dernier Festival de Cannes, d'avoir fait une belle place à ce film finalement beaucoup plus gonflé qu'il n'y parait, ce film d'apprentissage au bout duquel le petit Guillaume devenu grand pourrait dire : "L'exercice a été profitable, Maman". Là où d'autres auraient manié les violons du drame familial, Gallienne, avec une élégance britannique revendiquée, nous fait le coup du "Rions un peu" des névroses en cours. Chapeau, l'artiste !

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