Ce matin, comme bon nombre de mes consœurs et confrères, j’ai vu le nouveau film d’Arnaud Desplechin, « Un conte de Noël » qui sera en compétition au Festival et sortira dans la foulée le 21 mai prochain (retenez la date, « save the date » quoi). Sur le papier, c’est un improbable mélo : Catherine Deneuve, mère d’une famille nombreuse, épouse comblée et habitant Roubaix, est atteinte d’une maladie que seule une greffe venue d’un proche pourrait endiguer. Larmes et lamentations, afflictions et désolation. Sauf que. Sauf qu’au pays du génial Desplechin, il s’agit de faire comme Leos Carax (« Mauvais sang ») ou Christine Pascal (« Le Petit Prince a dit ») en leur temps : dynamiter le pathos de l’intérieur, en parlant de la vie. La mort, c’est pour après et de toute façon personne ne connaît, alors… En l’attendant (la mort), les Reines sont décidément toujours plus fortes que les Rois chez Desplechin et elles font définitivement scandale : une mère dit ouvertement à l’un de ses fils qu’elle ne l’aime pas et remercie par conséquent sa belle-fille de le lui avoir pris, une sœur prononce le bannissement de son frère et le condamne à l’indignité familiale, une épouse vertueuse finit par coucher avec un amant transi et se laisse alors porter le petit-déjeuner au lit adultère par ses deux adorables bambins, une belle-fille affirme sa judéité pour ne faire de cadeaux à personne le soir de Noël. Est-ce ainsi que les femmes vivent ? oui, si l’on en croit le sourire souvent béat qui orne le visage des hommes d’en face, partenaires la plupart du temps sidérés par tant d’audace et de liberté grande. Ils ont bien raison. Truffaut aurait apprécié en expert. Il est parfaitement impossible de résumer la magie de ce conte-là en quelques lignes. Ce film a tout simplement la grâce, porté par une incroyable énergie intérieure, multipliant les exercices libres et pulvérisant les exercices imposés de la chronique familiale. On reste étonné par des formes cinématographiques qui s’enchaînent parfaitement les unes aux autres, portées par des choix musicaux d’une rare intelligence. Cerise sur le gâteau de Roubaix, une direction d’acteurs virtuose dont je vous laisse découvrir le casting-cadeau. La Palme ? A ce stade, ma Palme ! Au fait, à quel score en sont les Ch’tis ?

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