"Le récit d'un destin. Celui de Suzanne et des siens. Les liens qui les unissent, les retiennent et l'amour qu'elle poursuit jusqu'à tout abandonner derrière elle..."

Suzanne
Suzanne © Maxppp

Mieux vaudrait peut-être s'interdire d'utiliser le prénom Suzanne ! Entre celle de Diderot/Rivette (LA RELIGIEUSE et celle de Pialat (A NOS AMOURS), l'espace est quelque peu étouffant, non ? Même si Katel Quillévéré revendique au moins le second héritage (alors que bizarrement le parcours de sa Suzanne ressemblerait peut-être plus finalement à la sainte aux outrages de Rivette, mais passons...), on a du mal justement à regarder sereinement Sara Forestier sans penser à Sandrine Bonnaire. Non pas dans l'optique dérisoire d'une comparaison d'actrices (le point fort de SUZANNE, c'est d'ailleurs Sara Forestier), mais plutôt hélas par un parallèle entre les deux œuvres. Pourquoi se donner ainsi des verges pour se faire battre ? La Suzanne de Quillévéré n'a pas l'épaisseur de celle Pialat. Et pourtant, il lui en arrive des "malheurs" à cette Suzanne christique : orpheline de mère, fille-mère, amoureuse d'un truand lequel l'entraîne dans la délinquance, arrêtée, inculpée et incarcérée pour vol et violences tandis que son complice d'amant échappe à la justice et à la prison, rejetée un temps par son père, contrainte de voir son fils être élevé par une mère de substitution,...Chez Pialat, ce pourrait être la vraie-fausse matière de cinq films. Ici, cette accumulation cache une difficulté à précisément dépasser l'anecdotique et sa surenchère de rebondissements inutiles. Même l'excellente distribution convoquée à la rescousse ( Damiens, Masiero, Haenel, Le Ny,...) semble précisément peiner à s'inscrire dans une narration qui sacrifie les personnages au fur et à mesure pour les besoins du sujet principal lequel, et c'est le comble, peine pourtant à exister pleinement. Il n'est qu'à regarder en détail la place du père chez Quillévéré et la place du père chez Pialat pour s"en convaincre. Alors arrive progressivement le sentiment désolé d'assister au renoncement d'une réalisatrice à dominer son sujet en refusant par exemple de laisser du temps à ses personnages et à son histoire. Tant d'ellipses narratives finissent par donner le tournis et interdisent surtout l'éclosion d'une figure centrale qui donne pourtant son nom au film. Tout semble tendre a posteriori vers la fin (qu'on se gardera de raconter) dans un ultime soubresaut qu'on imagine gonflé de sens et d'humanité. Or, il est en fait rendu totalement artificiel en raison même de ce trop plein permanent. Ce qui aurait du être un moment de grâce n'est qu'un soulagement moral sans portée réelle.

On en voudra enfin à la cinéaste d'avoir totalement sacrifié le choix pourtant audacieux d'une ville-témoin, Alès, rarement présente au cinéma alors que son statut d'ancienne ville ouvrière en déclin aux portes même des Cévennes pourrait et pouvait lui conférer une vraie dimension poètique. On lui préfère classiquement et platement Marseille, ses ruelles et son port. Décidément SUZANNE recèle trop de rendez-vous ratés et c'est dommage.

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