Jean Dujardin est de retour au festival de Cannes, huit ans après le triomphe de "The Artist", avec un film de Quentin Dupieux : "Le Daim" qui fera l'ouverture de la Quinzaine des réalisateurs. Corinne Pélissier a rencontré l'acteur, il nous parle de son expérience.

Jean Dujardin dans "Le Daim"
Jean Dujardin dans "Le Daim" © atelier de production

"Quand on lit un scénario, on se raccroche à plusieurs choses. La sensation qu'on a à la lecture, c'est une espèce de chimie un peu inexplicable d'ailleurs, parce qu'on ne cherche pas forcément toutes les explications. C'est bien pour ça que derrière on veut revoir le metteur en scène en disant : "Rassure-moi, j'ai bien compris ce que je n'ai pas compris"

Et des questions, jean Dujardin n'en a pas eu beaucoup à poser à Quentin Dupieux.

"On était raccords dans cette nébuleuse avec Quentin, en se disant : « il y a deux choses qui nous intéressent : l'obsession et le départ. » 

A priori, c'est ce que je cherche toujours, moi, c'est d'avoir de nouvelles sensations et une envie, comme Quentin, de ne jamais devenir professionnel, d'être toujours très fragile et d'aller chercher des choses qu'on n'a pas encore traversées."

Quentin Dupieux est un "expérimentateur". Pour le tournage de ce film, il s'est entouré d'une équipe légère. "Il avait une petite caméra, choisissait ses angles et me foutait la paix" raconte le comédien, "me laissait au large avec mon histoire, mon blouson, ma folie que je ne voulais certainement pas surjouer".

Un style de malade

Le "daim" du titre, c'est un blouson. En daim, donc. Marron, avec des franges, que l'acteur a choisi parmi les cinq qu'on lui a fait essayer :

J'aimerais vous dire quelque chose de mystique s'est passé, mais rien du tout.

"C'est le premier. Immédiatement on s'est dit « Il est génial ce blouson parce qu'il est vraiment trop court. Il n'est vraiment pas beau et ça pourrait vraiment être lui, mais voyons la suite ». Et les quelques blouson qui suivaient étaient des blousons country dont on aurait pu se moquer aisément. Alors que là on n'avait plus envie de se moquer. Il est au-delà du vilain."

Jean Dujardin et son blouson
Jean Dujardin et son blouson / Atelier de production

Objets inanimés, avez-vous une âme ?

Jean Dujardin avoue ne pas vouloir s'attacher aux objets, mais fait quelques exceptions. Il aime garder un objet à la fin d'un tournage, en souvenir. Du tournage de I Feel Good (de Gustave Kervern et Benoît Delépine), il a gardé une yaourtière orange trouvée au centre Emmaüs où avait lieu le tournage : "une yaourtière orange comme celle de ma mère"

Après, les garçons, on n'a pas grand chose. Je ne vais pas faire ma pleureuse, mais à part les montres et les blousons…

"Il faut que ça raconte quelque chose. J'ai un bracelet de Amma, croisée sur le tournage de Un plus une [de Claude Lelouch]. Je ne l'embarque pas tout le temps avec moi, je ne suis pas superstitieux, mais j'aime l'avoir, le toucher de temps en temps et le remettre à sa place."

Adèle Haenel
Adèle Haenel / Atelier de production

"Venez mettre vos névroses dans ce film"

"Chez Quentin Dupieux, ce n'est que de la sensation. Donc ce qui était très drôle avec cet objet, c'est de faire parler les autres. Ce qui m'amuse c'est que je sens au fur et à mesure des projections ou des remarques, qu'il y a un besoin, une envie d'y mettre toutes nos névroses. C'est un film qui vous aide à ça. Alors, ou vous restez en fond de cour et vous n'entrez pas dedans - ça arrive, évidement", reconnait Jean Dujardin, "ou alors vous rentrez totalement dedans et alors ça peut être à la fois très drôle mais aussi très effrayant. 

Dans la comédie, d'habitude on a tendance à vouloir remplir les espaces pour créer du rire. Là, c'est par le vide. 

On laisse le temps aux choses. Il y a des situations et des dialogues assez incongrus. Rien n'est poussé pour que ce soit drôle. Juste parfois la vie est absurde. Il suffit de voir les contre-temps et les arythmies et moi ça me fait beaucoup rire et ça fait beaucoup rire Quentin. C'est par ça aussi qu'on s'est trouvés."

Le plaisir avant tout

"Il y a quelque chose d'assez rare chez Quentin", confie Jean Dujardin, "que j'ai pu avoir dans un autre genre avec Michel Hazanavicius. Il y a cette notion de : "Viens, on voit", "Viens, rien n'est définitif". Et ça j'adore, c'est tout ce qui me rend vivant. Parce que sinon, faire un film pour un film, je vous avoue que c'est un peu ennuyeux." Ecoutez l'intégralité de l'entretien :

15 min

Jean Dujardin au micro de Corinne Pélissier

Par France Inter

Le Daim est projeté en ouverture de la quinzaine des réalisateurs et vous le découvrirez au cinéma le 19 juin

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