Après la série P’tit Quinquin en 2014, Camille Claudel 1915 en 2013 ou La vie de Jésus en 1997, Bruno Dumont revient avec son interprétation de Jeanne…

Jeanne
Jeanne © Roger Arpajou - 3B Productions

Année 1429. La Guerre de Cent Ans fait rage. Jeanne, investie d’une mission guerrière et spirituelle, délivre la ville d’Orléans et remet le Dauphin sur le trône de France. Elle part ensuite livrer bataille à Paris où elle subit sa première défaite.

Emprisonnée à Compiègne par les Bourguignons, elle est livrée aux Anglais. S’ouvre alors son procès à Rouen, mené par Pierre Cauchon qui cherche à lui ôter toute crédibilité. Fidèle à sa mission et refusant de reconnaître les accusations de sorcellerie diligentées contre elle, Jeanne est condamnée au bûcher pour hérésie.

Ce qu’en dit Bruno Dumont

Jeanne est un film d’action, psychologique, dialogué, parce que porté aux débats des Batailles et au suspens d’un Procès.

Charles Péguy a écrit un texte pointu, dans le domaine des idées, et très lyrique dans la forme, qui avec une telle cinématographie, pouvait alors être préservé tel quel, sans renoncement, ni faux-semblants, c’est-à-dire comme gardant pour ainsi dire tout autant la fleur de la rose que ses épines. Avec Jeanne, j’ai voulu prolonger cette ambition et cet équilibre-là, celui de toute chose, la ligature naturelle de la douceur et de l’ardeur, c’est à dire sans falsifier, sans évaporer, ni céder aux trompettes de la vulgarisation.

Derrière la simplicité de l’histoire de Jeanne repose quelque chose d’essentiel et de vrai, sans que cela soit intellectuel ou cérébral, car avec Péguy le fond occupe la surface, et même si la surface est simple elle est toujours l’expression naturelle de sa profondeur. Jeanne d’Arc est l’expression, la poussée même de cette pensée.

Jeanne
Jeanne / Roger Arpajou - 3B Productions

Jeanne est une héroïne historique et nationale de la Guerre de Cent Ans, elle transporte naturellement et universellement avec elle un pays et un peuple tout entier. L’histoire de Jeanne d’Arc est ainsi un théâtre qui porterait bien l’humanité toute entière au travers d’un récit national, historique et incarné…

Jeanne héroïse ce qui est enseveli et caché... Jeanne porte une vérité intemporelle qui n’a pas d’autre voix que celle d’une héroïne pour émerger : le cinéma opère précisément cette manœuvre inouïe et fulgurante de ravissement et de connaissance. C’est à proprement parler une mystique à mettre ainsi en branle toutes les connexions secrètes en une harmonie dont le spectateur est partie prenante et le cinéma l’appareillage.

Jeanne retentit largement en nous, elle touche à tout et à tous : spirituellement, socialement, politiquement...

Elle parle de tout : de l’Église, du roi, du nationalisme, du socialisme, de la terre, du ciel, de la guerre, de la paix... pour eux et contre eux... Elle regimbe dans son obéissance au Roi, elle regimbe dans sa soumission à l’Église, mais ne transige jamais dans son amour de Dieu et dans la mission de délivrer la France.

Christophe a écrit quatre chansons, dont une qu’il chante lui-même à l’image. Son architecture sonore épouse mystérieusement tout du long le coeur de Jeanne, elle est son chant. C’est extraordinaire: la composition musicale donne comme une “ connaissance ” de ce qui se meut dans le récit, un dessin fin et contrasté des arcanes de l’intériorité de Jeanne.

Jeanne
Jeanne / Roger Arpajou - 3B Productions

Le choix de Lise Leplat-Prudhomme, donc d’une enfant, se révèle vite comme le véritable moyen d’expression à rendre aussi visible, fragile et naissant, tout ce qui se joue en Jeanne d’Arc et soit, par cette petite fille, à ce point incarné : sa jeunesse, sa fougue, son espérance, son ardeur face aux adultes et à leurs arguties, sa candeur face aux obstacles, sa détermination dans sa mission...bref, du haut de ses dix ans, Lise incarne et accentue, d’autant et naturellement, la frêle naissance d’une femme et d’une âme fulgurante, aussi universelle et tant élevée… comme si Lise en était le noyau originel et la poussée...

Extraits / propos recueillis par OLIVIER SÉGURET

Raoul de Gaucourt : Vous vous imaginez, madame Jeanne, que tout le monde est aussi pieux, aussi pitoyable, aussi bon que vous : c’est une grave erreur. Si vous connaissiez la vie, Mais vous n’êtes qu’une enfant, vous ne connaissez pas la vie, vous ne connaissez pas le monde. Un silence. Les hommes ne valent pas cher, madame Jeanne ; les hommes sont impies ; les hommes sont cruels, pillards, voleurs, menteurs; ils aiment la ripaille : c’est bien triste à dire, mais ils sont ainsi, et pendant cinquante ans que j’ai passé ma vie avec eux, mon enfant, c’est toujours ainsi que je les ai connus.

Jeanne : Mon maître, les hommes sont comme ils sont ; mais il nous faut penser, nous, à ce qu’il faut que nous soyons.

Extrait de Jeanne d’Arc de Charles Péguy

Jeanne
Jeanne / Roger Arpajou - 3B Productions

►►► Distribution

  • Un film de Bruno Dumont
  • Avec Lise Leplat-Prudhomme, Fabrice Luchini, Annick Lavieville, Justine Herbez
  • D’après Jeanne d’Arc de Charles Péguy
  • Musique de Christophe
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