Midnight special
Midnight special © Midnight special

Roy (Michael Shannon ) part en cavale pour protéger son fils Alton (Jaeden Lieberher ), petit garçon aux pouvoirs mystérieux.

La présentation de Jérôme Garcin

Un film d'aventure et de SF. Modèles, très proclamés : ET et Rencontre du 3ème type . Avec Michael Shannon, Kirsten Dunst, Adam Driver . Au début on voit un père (Michael Shannon) et son jeune fils, qui a 8 ans, Alton, prendre la route. Ils fuient le ranch qui est une secte à laquelle ils appartenaient. La secte envoie des hommes très méchants à leurs trousses, même le FBI est sur le coup. L'objet de la traque c'est le gamin, qui est joué par Jaeden Lieberher et qui est doté de pouvoirs hors du commun, comme Xavier. Il a un regard laser, genre lapin myxomatosé qui lui permet de capter des signaux satellitaires de l'armée.

Xavier Leherpeur

C’est un hommage à la SF des années 80. Cette SF qui était née de l’acmé de la guerre froide qui succédait à celle des années 60, ou on avait vu des auteurs comme Jack Arnold (L’homme qui rétrécit) proposer une SF très philosophique, c’était la peur du nucléaire. Et je pense que celle de Jeff Nichols, est à la fois apaisée, à la fois référencée, à la fois éminemment personnelle, puisqu‘on retrouve, une fois de plus, la relation fusionnelle et très particulière entre un père et un fils sans avoir besoin pour cela de taper sur la pauvre mère. Ce qui prouve que Jeff Nichols est un auteur plutôt intelligent. C’est la peur du migrant, c’est la peur de l’étranger. Est-ce que ce gamin ne serait pas un migrant subitement que l’on voudrait poursuivre, que l’on voudrait chasser, dont on voudrait absolument lui donner l’image d’une menace ou d’un danger alors qu’au contraire peut-être que la fin nous ouvre sur le potentiel qu’a cet enfant.Je trouve que le film est un trompe l’œil . On a la secte, on a le complot, on a le FBI, on a la préscience du gamin, on se dit, Mon Dieu tout ça va gonfler, ça va être un final apocalyptique extraordinaire et pas du tout. Il se débarrasse de tout ça au fur et à mesure que la voiture roule sur la route.C’est émouvant, c’est poétique. L’émerveillement final, ce bonheur absolu. Je lui trouve une beauté, une épure, une manière d’aller d’un point à un autre…… ça fait du bien !

Pierre Murat

Moi je suis étranger, je suis alien à ça

Jeff Nichols est devenu avec Take Shelter , l’idole de tous les critiques intelligents américains et français qui font leur métier, c'est-à-dire qu’ils inventent sur lui des choses qui ne sont pas.Déjà, Take Shelter m’ennuyait avec cette espèce de paranoïa totale, mais à peine effleurée des rapports pères/fils….

Ce n’est pas un cinéaste qui est pour moi,je suis étranger à ça . Je regarde ces gens s’agiter, courir à droite et à gauche sans éprouver le moindre suspens, la moindre peur, la moindre angoisse. Donc je ne dis pas que c’est Jeff Nichols qui est responsable, c’est évidemment moi.

Midnight special de Jeff Nichols
Midnight special de Jeff Nichols © Warner Bros

Danièle Heymann

J’ai été très déçue. Très déçue, car ce petit garçon très morne qui tout à coup a deux leds à la place des yeux, puis met des lunettes de piscine, je n’ai pas réussi à l’aimer. Bien sur Shannon, l’acteur fétiche de Nichols est un père exemplaire et dès qu’il y a cette angoisse du père de perdre son fils, il y a des moments très beaux. Sinon, l’arrière-plan complotiste je n’y ai pas cru. Qu’est-ce que cet enfant nous promet, qu’est-ce que cet enfant recèle, qu’est-ce que cet enfant va nous annoncer, quelle est la bonne parole de l’enfant ? Et lorsque la bonne parole de l’enfant peut-être arrive…. Xavier parle d’émerveillement… disons que l’émerveillement est très fugace et j’ai tout le temps pensé à Take Shelter et à Mud en disant j’aime moins .

Jean-Marc Lalanne

Il dit beaucoup qu’il s’inspire de Spielberg et de la SF des années 80, mais il y a quelque chose dans son économie narrative qui vient plutôt de la série B des années 50 ou 60. Moi je pense beaucoup à la 4ème dimension , la série américaine de la fin des années 50.Ce qui me bouleverse, c’est la très grande science avec laquelle il distille les informations. La première fois qu’on voit l’enfant il est sous un drap, il a des lunettes de piscine. On se dit, tiens c’est la nuit, c’est un enfant qui joue de manière un peu fantasque dans une chambre et ensuite on comprend que c’est pour des raisons très graves qu’il se cache sous un drap et qu’il a des lunettes de piscine. La manière dont il cache les informations et qu’il les révèle tout à coup, je trouve qu’il a un sens du récit incroyable . Cette image de la voiture qui fonce dans la nuit tous phares éteints avec le conducteur qui a des lunettes infrarouges, c’est une image bouleversanteAu fond si on le ramène à un trajet humain, c’est l’histoire d’un père qui finalement va accepter de couper le lien avec son fils, de se séparer de lui pour qu’il puisse trouver un monde où il est à sa place, en acceptant de ne plus jamais le voir, je trouve que c’est totalement déchirant, sur le trajet moral que doit effectuer tout parent.Donc je trouve que c’est un film totalement universel dans ce qu’il raconte au-delà du particularisme du genre de la science-fiction. Chez Jeff Nichols il y a vraiment une puissance des affects qui est étonnante. C’est étonnant que ça se libère de façon aussi forte dans une forme aussi condensée.

La séquence dans son entier

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