Pigalle, années 80, plongée dans l'industrie du X... le dernier film de Cédric Anger avait un potentiel de "polar poisseux" qui aurait pu convaincre... et finalement non. Découvrez les critiques amères du "Masque et la Plume" !

Gilles Lellouche et Guillaume Canet, sur le tournage de "L'amour est une fête", une plongée dans l'industrie du X des années 80, réalisé par Cédric Anger.
Gilles Lellouche et Guillaume Canet, sur le tournage de "L'amour est une fête", une plongée dans l'industrie du X des années 80, réalisé par Cédric Anger. © Christine Tamalet - Mars Films

Le résumé du film de Cédric Anger, par Jérôme Garcin

Un film de deux heures, particulièrement destiné aux nostalgiques des années 1980, avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Michel Fau, Camille Dazat et l’acteur-réalisateur Xavier Beauvois. 

Dès le début, le décor est planté : le Pigalle de 1982. Franck (Canet) et Serge (Lellouche) y tiennent un peep-show, le Mirodrome, où ils produisent de petits films X. Un commerce plutôt florissant qui attise la convoitise d’un gros concurrent, joué par Michel Fau, lequel n’hésite pas à saccager leur établissement afin de les contraindre à bosser pour lui. Il ignore que nos deux loustics sont en fait deux flics de la mondaine chargés d’infiltrer le milieu du porno, auquel évidemment ils prennent goût. 

Rien de très neuf dans le scénario, mais il faut reconnaître que Cédric Anger a soigné la reconstitution des années 1980, et puis Michel Fau en parrain de Pigalle et Xavier Beauvois en réalisateur X sont assez savoureux... 

Nicolas Schaeller note un "vrai problème d'écriture" et un film "macho" et gênant...

NS : Il y a un côté polar poisseux et en même temps il y a l'ambition de faire une comédie assez drôle et sexy sur une nostalgie de cette période libertaire.

Il y a un vrai problème d'écriture. Le film est tantôt déroutant, tantôt lourdingue.

Cédric Anger veut faire une ode à l'artisanat collectif du cinéma, un cinéma un peu cheap, pas forcément très bon mais avec un esprit communautaire.

Et en même temps il y a une nostalgie de cette époque de jouisseurs qui voulaient vivre une vie sans tabou. Le problème c'est que traiter ce sujet-là avec la main un peu lâche d'Anger... la nostalgie de cet hédonisme vire à une vision un peu macho, et parfois même gênante.

Scène de "L'amour est une fête", film de Cédric Anger sur l'industrie du X en France dans les années 80, avec Gilles Lellouche, Guillaume Canet et Michel Fau !
Scène de "L'amour est une fête", film de Cédric Anger sur l'industrie du X en France dans les années 80, avec Gilles Lellouche, Guillaume Canet et Michel Fau ! / Christine Tamalet - Mars Films

Michel Ciment en a marre de la nostalgie du nanar...

MC : Le scénario n'est pas brillant mais la mise en scène non plus. 

Ça me choque même qu'on parle de "libertaire" à propos de l'amour du porno. Je ne pense pas que le porno soit libérateur.

Dans le milieu critique et cinématographique branché il y a une sorte de nostalgie pour le nanar : c'est à dire le film gore, le western calamiteux, le film porno etc... qu’on est en train de magnifier. Alors qu'on est dans un mouvement actuel qui n’accepte pas que la femme soit un pur objet, ici, la femme est traitée comme un pur objet de consommation immédiate, car c'était le cas dans ce genre de cinéma. Il y a quelque chose de gênant dans tout cela. 

Toutefois le film est sauvé par les comédiens, qui sont excellents. 

Guillaume Canet sur le tournage du film "L'amour est une fête" de Cédric Anger, une plongée dans le Paris des années 80, le quartier de Pigalle, les peep-show et l'industrie du porno.
Guillaume Canet sur le tournage du film "L'amour est une fête" de Cédric Anger, une plongée dans le Paris des années 80, le quartier de Pigalle, les peep-show et l'industrie du porno. / Christine Tamalet - Mars Films

Jean-Marc Lalanne voit un film de critique de cinéma sur la "grâce de l'enregistrement" !

JML : Après 1h45 de comédie assez lourde, assez paresseuse, pas très bien filmée et pas très bien écrite... le film trouve son sujet dans quelque chose de très nostalgique : comme quoi dans le cinéma pornographique des origines, il y a quelque chose qui concerne absolument le cinéma.

C'est l'épiphanie de l’enregistrement : par exemple Cédric Anger filme un orgasme sur la longueur, pas du tout comme un film porno car il n'y a aucun organe sexuel dans le film, mais il filme cette attente du moment où ça advient.

C'est finalement un film de critique de cinéma, ce qu’a été Cédric Anger à la base. 

Michel Fau, sur le tournage de "L'amour est une fête" de Cédric Anger (avec Guillaume Canet et Gilles Lellouche), une plongée dans l'industrie du X des années 80, en France.
Michel Fau, sur le tournage de "L'amour est une fête" de Cédric Anger (avec Guillaume Canet et Gilles Lellouche), une plongée dans l'industrie du X des années 80, en France. / Christine Tamalet - Mars Films

Danièle Heymann a trouvé ce film très dégradant pour les femmes !

DH : La "nostalgie du porno" : j’ai du mal... La façon dont les femmes sont traitées est dégradante. Je suis énervée par cela, et j'ai eu du mal à rester dans ce film.

Par contre les acteurs sont tous formidables : Michel Fau, Gilles Lellouche, Guillaume Canet... On sent qu'ils se régalent et j'aime voir les acteurs se régaler, mais sur le fond je ne suis pas d'accord.

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7 min

"L'Amour est une fête" de Cédric Anger - Les critiques du Masque et la Plume

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