Qu'ont les dessins animés français que les autres n’ont pas ? À quoi peut-on reconnaître l’animation française ?

Ma vie de courgette de Claude Barras
Ma vie de courgette de Claude Barras © Rita Productions, blue spirit productions, Gebeka films, Knm, RTS, SSR, France 3

Laurent Valière publie un très beau livre sur le cinéma d’animation en France. Une somme inédite. Des premiers zootropes d’Emile Reynaud à Ma vie de courgette, il propose un tour d’horizon, entrecoupé de passionnantes interviews de professionnels du secteur. L’occasion pour Laurent Goumarre dans son Nouveau Rendez-Vous de lui demander ce qu’est cette fameuse french touch du dessin animé.

Une variété graphique impressionnante

Laurent Valière :

"La création dessinée française est multiple, variée. Surtout, elle n’est pas passée entre les fourches du marketing. C’est d’ailleurs ce qui impressionne les studios américains.

On a aujourd’hui affaire à une génération de dessinateurs et d’animateurs qui ont baigné dans les productions Disney et Dreamworks quand ils étaient petits, ainsi que dans l'animation japonaise. Ils ont aussi grandi dans la culture de la BD franco-belge. D’où la richesse de leur graphisme.

Ce qui surprend depuis l’étranger, c’est cette palette graphique extrêmement grande. Ça peut aller de la simplicité d’un trait dans _Persépolis_ à des dessins plus cartoons avec Les Minions créés par Pierre Coffin, ou au très étrange Triplettes de Belleville. Quand le film de Sylvain Chomet est sorti, on s’est demandé ce qu’était cet ovni où il n’y avait pas de parole, et un univers graphique proche de Dubout (le caricaturiste du début du XXe siècle). On trouve aussi des adaptations de BD : Rahan, Tintin…"

Une production soutenue par les pouvoirs publics

Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot
Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot © Aucun(e)

Laurent Valière : "Le cinéma en France bénéficie d’un environnement étonnant, surtout pour les étrangers : il est soutenu par les pouvoirs publics. Il existe une véritable politique de soutien à la production de film.

Daniel Toscan du Plantier, producteur chez Gaumont, disait que l'important, c’était de proposer, proposer, proposer: il y aura toujours un film qui fonctionnera. L’animation a bénéficié depuis les années 1980 de ce système. Jusque-là, on ne voyait presque pas de dessin animé français à la télévision. On était bombardé de séries télévisées japonaises peu coûteuses.

Puis il y a eu cette politique volontariste de l’Etat via des aides. On peut dire qu'elle a porté ses fruits, parce qu’aujourd’hui, l’animation française est le premier genre télévisuel exporté dans le monde. Avant de vendre nos documentaires, nos films, nos séries, on vend d’abord de l’animation. Pour une raison très simple : si vous devez doubler un film d’animation en russe ou en anglais, c’est souple, peu importe la langue. Alors qu’un film avec des personnages réels, c’est plus compliqué avec les mouvements de la bouche des acteurs."

L’avenir de la French touch passe par un travail sur le scénario

Laurent Valière : "J'ai été marqué par ce que nous dit Marjane Satrapi (Persépolis) dans le livre. Elle raconte le travail qu’elle a dû faire pour rester fidèle à son trait dans le passage de la BD au dessin animé, tout en étant fidèle à l’histoire et en embrassant ce médium différent.

Comme elle le dit :

Mes BD ne sont pas des story board qu’il suffirait de filmer. Sinon le film aurait duré 8 heures. J’ai dû réécrire le scénario.

Elle dit aussi :

Si vous avez une très bonne histoire avec une animation un peu bancale, ça passera. Mais si vous avez une histoire qui n’est pas très bonne, vous pourrez faire la meilleure animation du monde, ça ne passera pas.

Elle trouve remarquable le temps pris par les studios Pixar pour écrire le scénario. Et cela se voit à l’écran. En France, les budgets sont moindres, donc on ne va demander au scénariste de reprendre 36 fois son histoire. Donc on a souvent des séries au graphisme excellent, mais dont l’arche narrative est moyenne. C’est là que nous devons progresser, mais nous sommes en bonne voie avec des films comme Ma vie de courgette.

La French Touch va bien, même si nous en sommes encore à un niveau artisanal. Aux Etats-Unis, un budget de dessin animé peut atteindre 100 millions de dollars. En France, 10 au maximum. On ne peut pas rivaliser."

► Le livre : Cinéma d'animation, la French touch de Laurent Valière est publié aux éditions La Martinière et Arte Editions. Il sera à l'honneur du Festival d'animation d'Annecy du 12 au 17 juin dans une exposition.

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