Pour « L’Apollonide, souvenirs de la maison close » son nouveau film, en compétition, Bertrand Bonello nous ouvre donc les portes d’un bordel parisien du début du XXè siècle.

Soit l’exacte proposition faite par une récente série (ratée !) de Canal Plus intitulée, si me souvenirs sont bons, « Maison close » : même décor, mêmes personnages de prostituées « intelligentes » (l’adjectif est de Bonello), mêmes clients ou presque, même maquerelle engluée dans ses problèmes d’intendance, même climat « zolien » car depuis sa « Nana » il y a dans la création française une fascination pour cette époque vue sous cet angle particulier. Que nous dit de plus le film de Bonello ? Si l’on veut être méchant on remarquera des traces de modernité à la Sofia Coppola tendance Marie-Antoinette : ici aussi des musiques parfaitement contemporaines et même une image finale sur laquelle on reviendra tant elle pose problème sous ses allures de bonne conscience moderniste. Pour dire quoi ? Juste que l’on n’est pas « dupe de la reconstitution » (c’est Bonello qui parle). On se permettra désormais de placer entre guillemets les propos du cinéaste tels qu’ils apparaissent dans le dossier de presse fruit d’un entretien forcément très chic et très autorisé avec Laure Adler… C’est bien d’ailleurs cette extrême naïveté (fausse ou feinte ?...) qui laisse pantois à plusieurs reprises.

Ainsi de la présence de multiples cinéastes français au sein des habitués du bordel tenu par ailleurs Noémie Lvovsky (réalisatrice autant qu’actrice désormais), citons entre autres : Xavier Beauvois et Jacques Nolot, mais de l’aveu même de Bonello ils sont dix au total ! Croyez-moi ou non, il s’agit d’un « hasard », je cite. Car seule une intervention extérieure révèle à Bonello que, je cite à nouveau, « ses films sont une mise en abyme du cinéma ». Quant on a dans ses précédents films autant actionné la pompe du voyeurisme et de la provocation visuelle, le moins que l’on puisse faire c’est d’assumer de faire des films d’abord sur le cinéma ! C’est un peu comme si Robbe-Grillet s’était défendu en son temps de faire des films uniquement sur le regard ! Ou bien Bertand Bonello prend ses spectateurs pour des idiots, ou bien il croit véritablement à ce qu’il dit et à 43 ans révolus c’est un peu inquiétant pour quelqu’un qui théorise autant sur les fantasmes…

Tout le dossier de presse du film est à l’avenant de ces déclarations intrigantes. Jusqu’à cette prétendue invention de « la femme qui rit » pour cause de blessures sadiques au scalpel, alors même que cette triste « figure » est au cœur de l’affaire du « Dahlia noir » que Bonello, maître ès fantasmes, ne peut ignorer. Quant à l’image finale, on s’en voudrait de la révéler ici. Disons simplement qu’elle est au mieux une pirouette moderniste d’une insupportable légéreté au pire un « c’était bien mieux avant » dont on se disait bien mais s’en trop y croire qu’il portait en fait tout le film avec son cortège de clichés et de mièvreries fondamentalement sexistes. Si Bonello avait envie de parler de la prostitution en 2011, que ne l’a-t-il fait, loin de cette Apollonide qui rime décidément un peu trop avec Atlantide à force de références picturales et littéraires profondément anachroniques ?

Un dernier mot pour conclure, c’est tout de même dans ce film que l’on entend en voix off un beau texte évoquer « du sperme coulant comme des larmes à travers des yeux ». Et c’est dans ce même film que l’on VOIT littéralement cette image à l’écran, détruisant immédiatement sa force poétique. Quand Bonello saura faire confiance aux mots et aux images, quand il quittera les terres trop copiées au premier degré de Cronenberg (la référence est de lui), il trouvera sans nul doute les chemins d’un cinéma débarrassé de tant d’intentions lourdes et didactiques.

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