A la question « Pourquoi écrivez-vous ? » posée un jour par Libération,Samuel Beckett avait laconiquement répondu : « Bon qu’à ça. » Sollicité cet été par Télérama pour raconter un souvenir d’enfance lié à un lieu particulier, Bertrand Tavernier révèle au détour d‘une phrase pourquoi il fait du cinéma : « Je me suis rendu compte assez tard que je cherchais dans mes films à recréer les appartements de mon enfance. Des appartements sombres, asymétriques, aux plans compliqués : je me revois lisant à plat ventre pour essayer de capter le maximum de lumière. On y accède par des escaliers larges et obscurs, qui ne doivent jamais laisser supposer que l’on va déboucher sur un logement luxueux. » Le cinéaste nous livrait ainsi un bien étrange « Rosebud ». Ah ! si seulement on avait le temps de se replonger dans sa filmographie et revoir chacun des films de Tavernier à l’aune, à la lumière précisément, de cette clé. En l’état, il faut se contenter de quelques souvenirs : l’importance des pièces dans l’appartement occupé par l’horloger de Saint-Paul et son fils, le clair-obscur des alcôves dans les bordels ou les palais royaux de la Régence où se couchent Philippe Noiret et Christine Pascal, la vue d’un autre appartement depuis une fenêtre par Nathalie Baye dans « Une semaine de vacances »,… Petit à petit, si l’on pouvait faire ce bel exercice en profondeur, le puzzle se mettrait en place, « l’image dans le tapis » apparaîtrait. Peut-être serait-elle trompeuse ou réductrice, certes. Mais, peu importe. Je trouve magnifique la confession d’un cinéaste qui pourrait tenir secrète cette grille de lecture forcément intime. Le petit caillou qu’il nous lance à nous ses spectateurs est par définition précieux. Et puis, il y a cette image clairement revendiquée d’un cinéaste-enfant à jamais qui nous invite à ses côtés pour chercher un peu de lumière et lire (ou voir, c’est tout comme) une histoire. On gagne toujours à remonter aux sources. Le souvenir de Tavernier permet en effet de revenir à l’essence même du cinéma : le conte et la pénombre.La phrase du jour ? « Je suis un cinéaste du lieu. Pour moi, le lieu du film est absolument essentiel. » Alain Tanner, Ciné-mélanges, Editions du Seuil

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