Ai WeiWei
Ai WeiWei © Radio France

Il a 55 ans, c’est un photographe, un architecte, un plasticien surtout et un provocateur qui fait des doigts d'honneur devant les monuments officiels, la Tour Eiffel, la Maison Blanche, le Palais du Peuple, à Pékin. Le père d’Ai Weiwei était poète. Ai Qing fut déporté en 57 à la campagne, dans un camp de travail et de rééducation. Son fils a été témoin de cette violence. On peut donc imaginer facilement qu’il est un artiste engagé de naissance. C'est d'ailleurs l'angle du film: le comportement de l'artiste Weiwei face à l'absence de démocratie en Chine.

Ai Weiwei a étudié le cinéma à Pékin puis il a vécu à New-York avant de revenir au début des années 90. Certes, en 2008, il a participé à la construction du stade olympique de Pékin mais il a aussitôt dénoncé la présence des JO dans son pays. Il n’est pas sans contradiction. Certains lui reprochent de profiter du système tout en le dénonçant par ailleurs, mais qu'on le veuille ou non, il est un rebelle à la pensée unique, "un hooligan", comme il dit. Souvenez-vous de sa série de cette image violente: lui en train de briser au sol un vase datant du néolithique, une image choc pour dénoncer le pouvoir qui brise les hommes et qui refuse la nouveauté au profit de la tradition.Alison Klayman, une documentariste américaine qui vit en Chine, l’a suivi (privilège) de 2009 à 2011. Elle le filme dans son atelier, avec ses chats, ses chiens, avec sa femme, avec le jeune fils qu’il a eu d’une autre femme, avec sa mère qui pleure souvent car elle craint que la police ne la prive de son fils. On découvre un Weiwei très entouré. L'artiste donne l'idée, d'autres l'exécutent. Ici, un sculpteur, là, des informaticiens... car il utilise les technologies de son temps. Ainsi filme-t-il, en 2008, sa venue dans une zone sinistrée du Sichuan, victime d'un séisme. Des enfants sont morts par milliers dans des écoles que les autorités avaient construites à la va vite. La Chine a toujours tu le nombre de victimes. Wei Wei et des collaborateurs bénévoles ont recensé les 5000 enfants morts. Il a disposé sur de grandes feuilles blanches le nombre de victimes. La fresque est dans son bureau et les noms, mentionnés sur son blog. Quand son blog a été censuré, Weï Weï a ouvert un compte twitter. Aussi, quand un policier le frappe, il prend une photo avec son portable et la diffuse. Jusqu’à ce que la police l’arrête en 2001 et le séquestre 81 jours. Depuis, il ne peut plus quitter Pékin et doit se montrer discret. La cinéaste a filmé, d'ailleurs, sa libération. Son visage a changé, avant il souriait comme un enfant, là, il a la mine grave de l'adulte. Donc, plus que d'art et d'oeuvres d'art, il est question ici de l'art de la dissidence.

Ai Weiwei
Ai Weiwei © Radio France

"Ai Weiwei, Never Sorry", Alison Klayman, au cinéma.

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