Laurent Cantet avait été palmé à Cannes avec "Entre les murs", il revient cette année avec un "Atelier" d'ados en réinsertion. Qu'en ont pensé les critiques du Masque et la Plume ?

Olivia (Marina Foïs) et ses élèves en cours de réinsertion en visite dans les chantiers navals de Marseille, dans le film de Laurent Cantet, "L'Atelier"…
Olivia (Marina Foïs) et ses élèves en cours de réinsertion en visite dans les chantiers navals de Marseille, dans le film de Laurent Cantet, "L'Atelier"… © Jérôme Prébois

L'Atelier est un film de Laurent Cantet (palmé d'or pour Entre les murs), film co-scénarisé par Bernard Campillo, le cinéaste des 120 battements... avec Marina Foïs, Matthieu Lucci qu'on ne connaissait pas, et des acteurs non professionnels.

Marina Foïs est Olivia, une romancière connue, parisienne, pleine de bonne volonté et de bonnes intentions, chargée d'animer un atelier d'écriture avec sept jeunes en insertion. Leur objectif est d'écrire un polar. Parmi eux, Antoine (Matthieu Lucci), un garçon taciturne qui en pince pour les idées d'extrême-droite. C'est évidemment les relations entre l'intello parisienne et le révolté à la dérive qui intéresse Laurent Cantet dont l'Atelier devient comme une sorte de laboratoire social dans la ville des anciens chantiers navals…

Eric Neuhoff : "ça m'a rasé"

Je ne vois pas ce que Laurent Cantet veut faire, à part une pub Benetton, parce qu'il n'y a que des clichés : la black, la romancière parisienne... Toutes les catégories sont représentées. Et évidemment il y a le type blanc comme un cachet d'aspirine qui fait de la musculation : attention, lui, c'est un facho. 

C'est vraiment écrit avec des palmes. Ça sonne tellement faux ! Un peu comme beaucoup de répliques de 120 battements par minute ; Entre les murs était beaucoup mieux écrit, beaucoup mieux joué, beaucoup plus incarné.

Charlotte Lipinska : "l'un des films français les plus passionnants de l'année"

C'est un film qui est politique sans être ni didactique ni moralisateur. Il est passionnant dans le portrait qu'il dresse d'une certaine jeunesse qui accumule les frustrations et qui ne lutte même plus contre un certain déterminisme social.

Moi j'étais complètement bluffée, intéressée

Marina Foïs est géniale, hyper juste face à ces gamins qui improvisent la moitié des scènes. Elle a de la répartie, elle les tient... Et ce jeune Matthieu Lucci crève l'écran.

Marina Foïs en écrivaine parisienne avec des jeunes en réinsertion à Marseille
Marina Foïs en écrivaine parisienne avec des jeunes en réinsertion à Marseille / Jérôme Prébois

Jean-Marc Lalanne : "un film intéressant"

Il y a quelque chose de scolaire dans le cinéma de Laurent Cantet, à la fois parce que c'est l'univers qui le passionne mais aussi parce que c'est la forme de son cinéma : il y a quelque chose de l'ordre de l'exposé dans le film. 

Sa mise en scène est vraiment extrêmement sage : au début j'ai eu une forme de lassitude à voir des gens parler autours d'une table et que la caméra soit toujours sur celui qui parle et que chacun parle après l'autre : c'est le contraire du chaos organisé du film de Campillo en terme de filmage. Il y a quelque chose de très "low profile" dans la forme... et en même temps, je trouve que, de manière impressionniste, le film réussit à tisser quelque chose d'assez intime avec ce personnage en cours de radicalisation et là je trouve qu'il y a une forme de vérité.

Xavier Leherpeur : "un film enthousiasmant, qui m'a passionné"

J'aime beaucoup les autres personnages de ce film, qui racontent Marseille, l'héritage aussi du monde prolétaire, les parents, les grands-parents, les chantiers navals…

Le polar, qui est un genre, devient pour eux un terrain d'expérimentation : comment jouer avec cette mémoire ? Laurent Cantet choppe vraiment quelque chose de très juste, dans le scénario mais aussi dans la mise en scène, sur cette génération qui est coincée dans un étau entre un passé très lourd dont il faut se défaire sans l'oublier et un futur qu'il faut construire avec énormément de difficultés

Un auditeur enthousiaste

Un auditeur dans le public de l'émission (car Le Masque et la Plume est une émission enregistrée en public, rappelons-le) qui évoque la dérision du mal-être. Au micro, il s'exprime avec enthousiasme : "C'est film formidable ! Il faut soutenir ce film ; il faut y aller !"

Ecoutez

Ecoutez toutes les critiques échangées autour du film :

Atelier de  littérature dans les Calanques marseillaises
Atelier de littérature dans les Calanques marseillaises / Pierre Milon

Aller plus loin

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature... 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.