Chaque année depuis plus de vingt ans maintenant, Cannes fait son cinéma en décembre. Oui, en décembre, c’est-à-dire qu’en dehors du Festival que l’on connaît, il existe une manifestation modeste et féconde, riche et stimulante, ardente et talentueuse. On appelle cela les « Rencontres cinématographiques de Cannes ». Le cru 2009 est né aujourd’hui pour disparaître dimanche prochain. Durant cinq jours, des classes entières viennent avec leur professeur et regardent des films inédits ou récents aussi bien que des films du patrimoine, en présence d’artistes et de critiques de cinéma. Durant cinq jours, on découvre, on écrit, on s’enthousiasme, on débat, on s’étripe, bref on vit avec et pour le cinéma. C’est une expérience unique que chacun vit intensément. La transmission est au centre de ces Rencontres : faire passer l’amour des films et du cinéma, donner le goût de voir des images sans en être dupe, décrypter des films comme on a l’habitude de le faire avec les autres œuvres d’art. Ici, on n’abandonne pas la graphosphère pour la seule vidéosphère, puisqu’on apprend entre autres à écrire une critique de film. Apprentissage balbutiant, parfois aride, mais sans cesse excitant pour le passeur-critique ainsi sommé de réfléchir à ce qu’il fait chaque jour et, je l’espère, pour l’élève à qui l’exercice (doux cette fois !) aura été profitable…Alors chaque année, les Rencontres s’articulent autour d’une thématique. La cuisine et le cinéma sont ainsi à l’honneur en 2009. On reverra donc à Cannes et le définitif « La Grande bouffe » et le formidable « René » d’Alain Cavalier, mais également le pervers « Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant », l’abyssal « Festen », le haletant « La Graine et le mulet », le délectable « Sweeney Todd ». Autant de films directement liés à la cuisine. Mais la programmation a malicieusement laissé passer quelques perles non pas hors sujet mais qui ne traitent pas que du sujet ! Ainsi de « Vincent, François, Paul et les autres » qui contient, on le sait, LA scène de repas dominical entre amis et couples, sur fond de maison de campagne, de chien qui batifole et d’enfants qui jouent. LA scène où le découpage du gigot tient lieu de crime rituel et où Michel Piccoli fait bien plus que s’emporter contre cette saloperie qu’est le temps qui passe. Ou comment la cuisine devient le centre du monde, le lieu du tragique et du dérisoire, le lieu du plaisir, des plaisirs et des bilans. Et puis à Cannes pas plus tard que demain soir mardi, on pourra aller voir ou revoir l’impeccable « Buffet froid » avec un accompagnement musical original. Qui dit mieux ? Et puis d’autres films inédits sans lien avec la thématique mais présentés en avant-première comme « Lebanon ». Et puis Stéphane Audran qui vient présenter « Le Festin de Babette ». Et puis…si vous habitez Cannes et ses environs , vous savez ce qu’il vous reste à faire d’ici dimanche pour donner libre cours à votre appétit de cinéma.Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Mon âme sœur est comme un son venu des plaines et qui se fond en clair de lune sous les feuilles. Silence. Mon âme sœur rêve. »Paul Fort, « Vers et Prose »

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