Hier matin, enregistrement d’un entretien avec Agnès Varda qui sera diffusé dans l’émission de vendredi, à l’occasion de la sortie demain mercredi de son nouveau film, « Les Plages d’Agnès ». Elle arrive avec vingt minutes d’avance sur l’horaire prévu. Vingt minutes de plus pour « profiter » de cette octogénaire de choc et de charme, chic ! On lui propose du café puis du thé. Refus poli. Mais un bon verre d’eau bouillante, pourquoi pas ? Branle-bas de combat pour lui trouver cette denrée bizarre, asiatique et exotique. La bouilloire de l’amie Fabienne Chauvière fera l’affaire. S’ensuit une explication amusée sur les bienfaits de l’eau chaude pour l’organisme. Agnès V. n’y croit elle-même qu’à moitié mais nos mines ahuries de parcimonieux buveurs d’eau froide la poussent certainement à forcer le trait. Mon dernier souvenir d’un entretien avec un consommateur d’eau chaude remonte à… Wong Kar-waï. Cinéma, eau chaude et génies ! Une thématique à creuser.C’est Varda qui mène le bal. Pétillante, malicieuse, gentiment moqueuse et définitivement charmeuse. Au cours de l’entretien, elle me rabroue et j’en rigole. Comment puis-je le dire de telles sottises, ce n’est pas possible, je n’ai pas vu son film, me dit-elle en substance. Elle a tort et raison, peu importe. Mieux vaut une petite tape signée Varda sur les doigts qu’un grand compliment de…Au détour de la conversation enregistrée, elle inverse les rôles et interroge : « Vous avez fait parler vos parent de leur enfance, vous ? » Question parfaitement juste. Et moi de répondre dans un souffle : « Oui, mais pas assez ». C’est cela aussi un(e) cinéaste : quelqu’un qui vous force à vous poser les bonnes questions. Et non décidément, on ne fait pas assez parler ses parents. Bien joué, Agnès V. ! Mais, trop tard hélas, pour ce qui me concerne.C’est d’ailleurs tout le miracle de ces « Plages d’Agnès », soit l’un des plus beaux films récents avec « La Vie moderne » de Raymond Depardon (tiens, deux « films Inter !), nous donner à voir un autoportrait dans lequel chaque plan, chaque thème, chaque moment devient pour le spectateur l’occasion d’une introspection. Fin d’un entretien trop court. Je voudrais écouter Varda plus longtemps. Elle a dû penser que je ne lui disais pas assez que j’avais aimé son film. Elle a raison. On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime. On ne dit jamais assez aux artistes qu’on aime qu’on les aime. Dans le couloir, je lui dis mon émotion quant aux passages du film consacrés à Jacques Demy. Regards croisés. Et puis nous passons vraiment par hasard devant une grande et belle affiche du film. Munie d’un stylo, elle la « signe » de ces mots : « Elle est venue elle même à France Inter en parler » fait-elle dire à un petit crabe rouge tandis qu’un flèche désigne son propre personnage représenté sur une chaise haute de surveillant de plage. Malicieuse jusqu’au bout.Que faites-vous demain en sortant du boulot ? Courez voir « Les Plages d’Agnès ». C’est un film qui rend heureux à force de nous raconter la vie, les bonheurs, le cinéma, les disparus aussi. Je vous envie et je vous en veux de ne pas encore l’avoir vu, à vrai dire !La phrase du jour ? « Ici, c’est la passion à l’œil » Agnès Varda à propos du nouveau Forum des Images de Paris lors de sa récente réouverture. Soit dit en passant un lieu cinéphile hautement recommandable.

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