Unifrance, l’organisme qui a pour mission de promouvoir le cinéma français à l’étranger, vient de publier un bilan relatif à cet été. Avec ses 2,5 million d’entrées à ce jour hors du territoire national, « Coco avant Chanel » réalisé par Anne Fontaine est le premier film en langue française de l’année, dépassant « Bienvenue chez les Ch’tis » et « Entre les murs ». Ce chiffre n’est pas définitif puisque certains « gros » pays n’ont pas encore diffusé le film en question, lequel, soit dit en passant, avait « seulement » totalisé 1,2 million d’entrées en France même. Autrement dit, Chanel est un formidable outil d’exportation ! Pourquoi le cacher ? « Coco avant Chanel » ne nous avait guère séduit (euphémisme…) lors de sa sortie en salles. Ce succès planétaire donne cependant à réfléchir. Même s’il ne saurait faire changer d’avis, faut-il le préciser ? Comment ne pas y voir la manifestation tangible d’une image de la France caricaturée du moins réductible à quelques solides clichés. La haute couture fait partie de ces inévitables clichés au même titre que la Tour Eiffel, la gastronomie, le Moulin Rouge, entre autres. Quelle autre cinématographie consacre d’ailleurs un film entier à la gloire d’un couturier (pardon, il faut dire « créateur de mode », non ?) Nous participons nous-mêmes à la fabrication et à la pérennité dudit cliché stylé en trouvant de l’intérêt à raconter sur grand écran la vie de Coco Chanel. On vend alors du vent et du rêve, ce qui, on le sait bien, constitue l’une des raisosn d’être du cinéma (pas la seule, heureusement). Bref, on ne reprochera pas aux publics étrangers de se pâmer devant Coco, dès lors que l’offensive provient de France. Hier Piaf, aujourd’hui Coco (les deux films communient dans le même amour satisfait et confit en dévotion des biopics saint-sulpiciens), on exporte les « héroïques » figures fançaises. L’une chante, l’autre coud et les devises rentrent. Mais il ne faut jamais se plaindre d’une belle santé financière, surtout en ces temps de crise. On se dit qu’un jour peut-etre les spectateurs étrangers verront de la France un autre visage que ce pays des années 40 et 50, à la façon d’une carte postale achetée sur la Butte Montmartre. Il est en outre symptomatique que les deux autres films qui suivent dans ce palmarès puissent présenter des caractéristiques assez semblables : « Bienvenue chez les Ch’tis » montre une France qui… n’existe pas et « Entre les murs » cultive à loisir l’utopie souriante d’un système éducatif où les profs, tellement charmants, sont en situation d’échec scolaire face à des élèves si délicieusement exotiques. Autant d’ailleurs et de territoires qui ne sauraient dire ce qu’est la France d’aujourd’hui sauf à parler par antithèses. C’est pourtant ce visage-là que la majorité des spectateurs étrangers découvrent sur grand écran. En soi, ce n’est pas une nouveauté, juste un petit constat désabusé.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Tous en devisant des uns et des autres, ils soupèrent copieusement. » Raymond Queneau

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