On a appris hier la disparition de Pierre Tugot né le 29 octobre 1919 à Paris. C’était le véritable nom de Pierre Doris. De cet acteur, on pourrait ne « retenir » que ses rôles truculents dans « Le Bon roi Dagobert » de Pierre Chevalier, « Les Gorilles » de Jean Girault, « Le Führer en folie » de Jacques Besnard, « Freddy » de Robert Thomas, « Le Diable rose » de Pierre Reinhard, soit un bel échantillon, pour l’exemple », de purs nanard du cinéma français. On refermerait alors pudiquement la page Cinéma de Pierre Doris pour se concentrer sa carrière d’humoriste qui fit de lui le véritable précurseur d’un humour noir décapant que d’autres se chargeront d’amplifier. Seulement voilà, ce serait faire fi du rôle de sa vie. De même que Galabru eut Tavernier (avec « Le Juge et l’Assassin » puis « Une semaine de vacances » et Serrault eut Claude Miller (« Mortelle randonnée ») ou Cllaude Chabrol (« Les Fantômes du chapelier »), Pierre Doris croisa la route de Maurice Pialat en 1970. Le cinéaste lui confie l’un des rôles principaux de « la Maison des Bois », soit un feuilleton pour la télévision qui raconte la vie quotidienne dans un petit village à l’arrière du front durant la guerre de 14-18. Doris y incarne un garde-forestier délicieusement patelin et débonnaire, véritable « papa » de substitution des petits Parisiens laissés en pension dans sa ferme forestière. Doris est absolument parfait dans la peau de ce personnage d’une humanité idéale et qui incarne à la fois l’insouciance et la gravité. Rare personnage masculin dans un univers féminin par la force des choses de la guerre, il donne à son personnage sa carrure et surtout ce supplément d’âme qui caractérise les grands acteurs. Pour qui a vu une fois ce chef d’œuvre qu’est « La Maison des Bois » ( à la question de savoir quels films français il retiendrait de toute l’histoire de ce cinéma, Pialat répondait : « Le Sabotier du Val de Loire » de Jacques Demy et « La Maison des Bois » de lui-même, soit un documentaire et un téléfilm feuilleton.. du Pialat pur jus !), donc pour qui a vu les épisodes de ce feuilleton, la figure de Doris demeure inoubliable, comme celle d’un pays, la France d’avant 14, qui se meurt et disparaît progressivement sous les obus. A partir de là, Doris aurait pu tout incarner. C’était sans compter l’effroyable frilosité du cinéma. Après le film de Pialat, l’acteur revint à ses rôles de gaudriole. Refermée la parenthèse enchantée d’un vrai rôle et d’un vrai personnage à défendre. Dommage… Pour vous en persuader, si vous n’avez jamais vu « La Maison des Bois », sachez que Serge Toubiana et Gaumont ont permis de faire restaurer ce téléfilm presque irregardable tant il était devenu charbonneux. On peut donc le voir et le revoir en DVD. Ce serait le seul hommage qui vaille à la belle figure que fut Pierre Doris.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit : « Un jour, bientôt, demain, tout changera de forme. »Victor Hugo, « La Légende des siècles »

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