Le nouveau film d'animation de Wes Anderson est magnifique, drôle et poignant. Il a d'ailleurs reçu l'Ours d'argent du meilleur réalisateur. Mais ce n'est pas parce que c'est un film d'animation, genre habituellement destinée aux plus jeunes, que c'est un "film familial" ou "pour enfants"… Explications.

"L'île aux chiens" de Wes Anderson : en salles dès le 11 avril 2018
"L'île aux chiens" de Wes Anderson : en salles dès le 11 avril 2018 © Twentieth Century Fox

L'île aux chiens est une aventure initiatique, celle d'un jeune garçon (Atari, 12 ans), qui part à la recherche de son chien Spots mis en quarantaine sur l'île poubelle au large de la ville japonaise (imaginaire) de Megasaki pour cause de grippe canine. Atari est aidé dans cette entreprise par cinq chiens intrépides et attachants. Ils découvrent une conspiration qui menace la ville...

Un récit initiatique, des animaux qui parlent, une île imaginaire... le tout dans un film d'animation. Vous pensez peut-être aux animaux sympathiques et farceurs de Shaun le mouton? Ou, plus récemment, aux péripéties de Comme des bêtes ? Ou encore, pour rester au plus proche de l'univers de Wes Anderson, les facéties de Fantastic Mr Fox ?

Eh bien, non, rien à voir. Wes Anderson détonne avec son nouveau film, qui n'est pas exactement pour tous les publics.

Un film d'animation qui n'est pas pour tous les enfants

Aux USA, L'île aux chiens a été déconseillé aux moins de 13 ans ; le film se voit également restreint au Royaume-Uni (- de 8 ans) et en Suisse (- de 10 ans).

Si ce jugement a pu étonner certains de ses collaborateurs, cela n'est pas une surprise pour Wes Anderson : le film parle de suicide, de transferts d’organe, d’accouplement. Au micro d'Augustin Trapenard, le réalisateur reconnaît aussi qu' "Il y a beaucoup plus de sang que dans un film pour enfant". 

Pour autant, le réalisateur nuance :

Pour moi, ce n’est pas un film pour enfants mais je pense que beaucoup d’enfants de 10 ou 11 ans pourraient trouver ça très intéressant. 

En France, le film est proposé pour tous les publics.  

Les marionnettes et Wes Anderson

Adolescent déjà, Wes Anderson a mis en scène des spectacles de marionnettes (pour lesquels il fabriquait lui-même les décors, costumes et accessoires bien entendu). Des marionnettes au stop-motion, il n'y a qu'un pas... que le réalisateur franchit en 2003 avec l'un de ses premiers gros succès, La Vie aquatique. Pour l'occasion, il fait appel au talent d'Henry Selick, le réalisateur de L’Étrange Noël de Monsieur Jack, pour animer des créatures sous-marines en stop-motion… Et six ans plus tard, Wes Anderson sort son premier film d’animation entièrement en stop-motion : Fantastic Mr. Fox. Et impose son style également dans sa façon de concevoir le film d'animation, loin des productions de Disney ou Ghibli, les deux leaders du domaine.

Le réalisateur apprécie beaucoup les films anciens, ceux où on voit parfois les trucages, "ces tours de magie dans lesquels on peut parfois deviner le truc mais ça fait parti du charme". Cette façon d'envisager le cinéma se retrouve dans ses films d'animation, où certains aspects de l'animation ne sont volontairement pas photo-réalistes : on devine la matière dans les fumées des explosions, la touche des animateurs dans les fourrures des chiens (ou des renards, blaireaux et cie de Fantastic Mr Fox)... 

Il y a aussi derrière ce choix de la stop-motion un désir de liberté : 

Je n’ai pas envie de faire des films à très gros budget ; j’ai envie de pouvoir mener l’histoire là où j’ai envie. 

Wes Anderson poursuit : "Je n’ai pas envie de me sentir obligé de faire un film que le public va trouver plus commercial, plus convenu. Je préfère pouvoir faire ce dont j’ai envie : de rester dans un certain budget mais de trouver des idées pour donner de l’ampleur à un projet. Et les miniatures, c’est une façon de donner de l’ampleur sans trop dépenser en utilisant le travail et le talent des membres de l’équipe". 

Un travail titanesque et splendide : chapeau bas les artistes !

Le film d'animation, ou l'art du détail… et de la patience

L'animation demande de la patience et de la méticulosité. Pour produire L'île aux chiens, Wes Anderson et son équipe ont mis six ans ! Le réalisateur explique : "Ce n’est pas seulement un autre rythme, c’est un tout autre système : vous écrivez un scénario et même s’il n’est pas terminé, vous enregistrez les voix, ensuite vous tournez l’image. Filmer les scènes est beaucoup plus long, mais vous pouvez filmer 25 scènes différentes en même temps... Ce n’est jamais ennuyeux. La patience que ça réclame, c’est celle de dire qu’on va filmer cette phase-là du film pendant deux ans mais pendant ce temps on est toujours occupé, il y a toujours quelque chose à faire. Pour moi, c’est un processus très vivant".

Le chef marionnettiste, Andy Gent, explique :

Il y a presque 900 personnages, plusieurs milliers de visages qui ont été sculptés, moulés, tous peints à la main !

Dans ce making-of, on voit l'équipe expliquer comment les marionnettes ont été créées et animées (... et on comprend combien, par exemple, les tâches de rousseur du personnage de Tracy ont représenté un défi !) :

Pour la réalisation d'un film d'animation, avant de passer à la phase d'animation proprement dite, l'équipe s'appuie sur un story-board qui est ensuite animé grossièrement avec des voix et de la musique dans une « animatique ». Cela donne un premier aperçu du film et permet de peaufiner tous les détails... Le rêve pour un artiste aussi méticuleux que Wes Anderson quant à la composition (toujours symétrique) de ses plans :

Pour moi, les détails qui s’accumulent, c’est aussi une part du plaisir qu’il y a à faire un film : il s’agit de créer un monde et d’ajouter des ingrédients à la recette, et de trouver des choses qui rendront le film plus fort, plus fascinant pour le public.

Aller plus loin

Wes Anderson au micro d'Augustin Trapenard dans Boomerang le 6 avril 2018

Daniel Auteuil, Vincent Lindon, Léa Seydoux… Wes Anderson a mis son "équipe française de rêve" dans "L'île aux chiens"

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