Un film Nadav Lapidavec Sarit Larry et Avi Shnaidman

Une institutrice décèle, chez un enfant de cinq ans, un don prodigieux pour la poésie. Subjuguée par ce petit garçon, elle décide de prendre soin de son talent, envers et contre tous.

Nadav Lapid a largement puisé dans sa propre vie pour raconter cette histoire. A l'image de l'enfant du film, il a écrit entre l'âge de quatre et sept ans une centaines de poèmes. D'ailleurs, le poème cité à la fin du film est l'un de ses derniers écrits. Et puis un jour il a arrêté :"_À sept ans, j’ai arrêté d’écrire et je ne voulais plus entendre parler de poésie. Ce n’est qu’à la fin de mon service militaire que j’ai de nouveau écrit, mais jamais plus de poésie. Mes parents ont mis mes poèmes au placard et ils y sont restés pendant vingt-cinq ans, jusqu’à ce que j’envisage d’en faire la matière d’un film_ ."
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instit_enfant © / Haut et Court
L'institutrice parle donc de poésie, chose rare au cinéma. un choix totalement assumé par le réalisateur et souligné dans sa mise en scène :"_Je souhaitais construire des plans-séquences pour les scènes de groupe qui conduisent, parfois grâce à la mise en scène, ou grâce à un changement de profondeur de champ, à des plans plus intimes se focalisant sur le visage d’un individu, détaché de son entourage. Afin d’exprimer une tension entre l’individu et le groupe, l’enfant et l’adulte,la réalité matérielle et la conscience. J’ai également filmé en très gros plans, cela me permettait de briser la distance classique entre la caméra et les personnages. Ainsi ont été élaborés des plans "primitifs", brutaux, où l’on a l’impression que l’acteur "marche sur la caméra", se cogne à elle ou l'attaque.Je voulais que le spectateur ait le sentiment de tenter de pénétrer dans l’intériorité de l’acteur. Comme l’institutrice qui tente obstinément d’entrer dans la tête de l’enfant pour comprendre "d’où viennent les mots". Cette esthétique évoque aussi la nature des images contemporaines, celles de téléphones portables par exemple, des "selfies", qui sont des images crues, extravagantes, narcissiques, qui rendent quasiclaustrophobes..._ " ### Le choix des comédiens Sarit Larry qui incarne Nina, l'institutrice a un parcours très atypique :"_Sarit Larry vient d’une famille religieuse et d’un milieu n’ayant aucun lien avec le monde artistique. Elle était l’une des figures les plus actives d’un mouvement de jeunesse religieux. Après s’être confrontée idéologiquement au directeur de son école, elle a quitté la religion pour se consacrer au théâtre. Sarit est entrée dans une très bonne école de théâtre, et c’est justement au moment où un grand avenir se promettait à elle au théâtre national d’Israël, qu’elle a décidé de tout quitter et de se consacrer à des études de philosophie. J’ai pris contact avec elle – coïncidence étrange – via Facebook, au moment où elle vivait à Boston, après avoir soutenu sa thèse de philosophie, pratiquement seize ans après avoir quitté la scène._ "Quant à l'enfant, Nadav Lapid a hésité à choisir un enfant plus âgé et plus expérimenté. mais après avoir auditionné beaucoup d'enfants, le choix s'est porté sur Avi Shnaidman :"_Je ne souhaitais pas diriger un enfant qui ait l’air hors norme mais quelqu’un qui soit à la fois un enfant comme les autres avec quelque chose en plus. Je voulais que les mots puissent surgir de lui de façon mystérieuse. Au moment de l’écriture du scénario et ensuite pendant le casting, j’ai senti que le processus de création des poèmes par l’enfant devait être plus instinctif. Ce processus devait s’opposer à la volonté de l’institutrice de déchiffrer l’indéchiffrable. On peut sans cesse se poser la question "d'où viennent les mots ?" et s’obstiner à y répondre, tout en sachant qu'aucune réponse tangible ne sera jamais donnée. Ainsi, il fallait trouver un enfant qui ait la légitimité de poser la question mais aussi de refuser d’y répondre._ "
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instit_duo © / Haut et Court
Retrouvez le film **"L'institutrice"** sur France Inter dans **Partout Ailleurs** du 9 septembre d'Eric Valmir
Retrouvez l'interview de **Nadav Lapid** , le réalisateur du film chez Paula Jacques dans **Cosmopolitaine** du dimanche 14 septembre.
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