« Ce cher mois d’aôut » le film du cinéaste portugais Miguel Gomes m’avait échappé lors de sa présentation cannoise l’an dernier. Depuis, j’ai vu cet objet filmique non identifiable (pour notre plus grand bien) lequel est sur les écrans depuis mercredi. Fiction ou documentaire ? La question ici se pose à peine, même si l’on sait que le premier film du conteur Oliveira était un documentaire. Il y aurait donc un tropisme lusitanien à vouloir dépasser les frontières de ces deux genres. Si chez Gomes la question ne se pose même pas, c’est parce que la dimension documentaire de son film appartient à l’histoire même se sa production. A l’origine, en effet, il s’agissait pour lui de tourner un mélo en chansons sur les lieux mêmes de son enfance, en Arganil. Or, le tournage de ce film ne put commencer. Loin de se décourager, Gomes part avec une équipe réduite, sans acteurs. Il aurait pu se contenter d’une sorte de making of d’un film qui ne verra jamais le jour. Mais non ! Gomes invente de la fiction à partir de ce tournage improvisé. Et telle personne bien que l’on voit dans la partie documentaire devient ainsi un personnage du film de fiction qui s’élabore à partir de ce premier matériau filmique. Le film dans le film ? Non, un film avec un autre film. Et de cette union libre naît un troisième « objet-objeu » (souvenir d’un professeur de classes préparatoires qui roulait en décapotable de sport et ne jurait que par le ludique en toutes choses !) tout autant cinématographique que les deux premiers. Et c’est ainsi qu’advient notre plaisir de spectateur. Devant ces contes et ces fables aux ramifications multiples qui prennent le temps d’être racontées et enchevêtrées. Gomes nous prend dans sa barque de fantaisie avec la délicatesse d’un capitaine au long cours. La traversée est longue ? Le temps d’un mois d’août solaire et lumineux, comme il se doit au Portugal. Pour porter le tout, des chansons, beaucoup de chansons simples et populaires de celles qui faisaient dire à Fanny Ardant dans « La Femme d’à côté » qu’elles expriment toutes la vérité de l’amour et des histoires d’amour. Et au cœur de ces chansons, une nostalgie. La nostalgie de l’enfance, peut-être la fameuse « saudade ». Mais pas une nostalgie mortifère enfermée sur elle-même. Non, une nostalgie féconde, créatrice. La preuve ? Ce film précisément, semble nous dire Gomes. Le cinéma contre le spleen sans perspective. Le cinéma pour ramener de l’enfance. Le cinéma comme un donjon rassurant et alléchant : monter à son sommet, c’est comme prendre un nouvel envol, commencer une nouvelle vie.Ah ça ira !La phrase du jour ?« … Chaque être s’écrie :C’est lui, c’est le jour !C’est lui, c’est la vie !C’est lui, c’est l’amour ! »Lamartine, « Hymne du matin »

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