Poisseux, brutal mais aussi très beau et très puissant... Les critiques du Masque et la Plume sont fascinés par le nouveau film de Guillaume Nicloux : “Les Confins du monde”, mettant en scène Gaspard Ulliel et Gérard Depardieu en pleine guerre d'Indochine...

Gaspard Ulliel, dans "Les Confins du monde" de Guillaume Nicloux (sortie le 05 décembre 2018)
Gaspard Ulliel, dans "Les Confins du monde" de Guillaume Nicloux (sortie le 05 décembre 2018) © Ad Vitam

Le résumé du film de Guillaume Nicloux, par Jérôme Garcin

Les Confins du monde de Guillaume Nicloux, qui était présenté à la Quinzaine des réalisateurs, se déroule pendant la guerre d’Indochine

Le soldat Robert Tassen (Gaspard Ulliel) est le seul rescapé d’un massacre, durant lequel son unité a été décimée et où son frère a péri sous ses yeux. Massacre qui marque, en mars 1945, la riposte japonaise à la reprise en main du territoire par les Français. Robert, dont on suit la longue marche dans la jungle, n’a qu’une idée : se venger. Sur son chemin, il rencontre l’écrivain Saintonge (Gérard Depardieu), un autre soldat (Guillaume Gouix) qui rejoint son bataillon et une prostituée indochinoise, Maï (Lang-Khê Tran), dont il tombe amoureux.

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos du film sur le plateau du “Masque et la Plume” :

4 min

« Les Confins du monde » de Guillaume Nicloux - les critiques du Masque et la Plume

Une expérience de cinéma avant tout plus qu'un bon scénario, selon Xavier Leherpeur

XL : Il y a un côté western, notamment dans l’utilisation du paysage contemplatif, vertigineux, dans lequel on se perd complètement avec ce personnage qui se perd totalement dans sa vengeance et qui va peut-être apprendre à retarder celle-ci.

C’est un film passionnant. Dire qu’il est totalement accompli, ce serait mentir aux auditeurs. Mais dire que c’est une expérience de cinéma intelligente, qui repose vraiment sur le cinéma, beaucoup plus que sur le scénario serait plus juste. Et en ces temps de frilosité de la part des auteurs, il n’y a que Guillaume Nicloux qui fasse cela et il le fait bien.

Il y a également autre chose que Guillaume Nicloux fait extrêmement bien, c’est diriger Gérard Depardieu : il le fait avec une telle grâceGérard Depardieu est beau chez lui, il est sensuel… Cela fait quatre / cinq films que l’on retrouve Gérard Depardieu sous la caméra de Guillaume Nicloux et à chaque fois, c’est étonnant.

Gaspard Ulliel et Gérard Depardieu dans "Les Confins du monde" de Guillaume Nicloux (sortie le 05 décembre 2018)
Gaspard Ulliel et Gérard Depardieu dans "Les Confins du monde" de Guillaume Nicloux (sortie le 05 décembre 2018) / Ad Vitam

Une expérience physique de l'horreur, pour Sophie Avon

SA : Je trouve le film très fort, c’est vraiment « au cœur des ténèbres » avec toutes les références qu’il y a derrière, mais c’est le film de Guillaume Nicloux le plus personnel.

Il parvient à montrer le cheminement, la reconquête de son humanité à partir d’une expérience physique de l’horreur. Et cette expérience physique de l’horreur pose le film : c'est au début, c'est pratiquement un baptême initial du film et le spectateur est obligé d'y participer

Guillaume Nicloux filme la violence et la barbarie des hommes d'une manière tout particulière : il la montre, c'est dur, c'est une épreuve... et c'est à partir de là que le film se déploie.

Gaspard Ulliel et Guillaume Gouix, dans "Les Confins du monde" de Guillaume Nicloux (sortie le 05 décembre 2018)
Gaspard Ulliel et Guillaume Gouix, dans "Les Confins du monde" de Guillaume Nicloux (sortie le 05 décembre 2018) / Ad Vitam

Gérard Depardieu et Gaspard Ulliel : sublime et dense, pour Charlotte Lipinska

CL : Le film est très impressionnant. Faux film de guerre, c’est plus une quête personnelle intime, quasi surnaturelle car le film fait des allers-retours constamment entre des scènes extrêmement réalistes et un domaine beaucoup plus onirique.

Il y a un montage de la musique et des images extrêmement fort. Le film est poisseux mais il est envoûtant, il est fascinant.

C’est l’un des films français les plus intéressants de l’année : Gérard Depardieu est sublime. Quant à Gaspard Ulliel, on l'a rarement vu aussi dense. Avec une dimension érogène et érotique de la guerre puisque la violence et le conflit sont sans arrêt filmés en parallèle aux corps, au sexe, à l’amour brutal... C’est vraiment un film passionnant.

Gaspard Ulliel, dans "Les Confins du monde" de Guillaume Nicloux (sortie le 05 décembre 2018)
Gaspard Ulliel, dans "Les Confins du monde" de Guillaume Nicloux (sortie le 05 décembre 2018) / Ad Vitam

Un grand film français, romanesque, littéraire et admirablement joué, selon Pierre Murat

PM : C’est un des grands films français pour moi. Très romanesque, au bon sens du terme : il n’y a pas de borborygmes qu’on entend parfois dans certains cinémas. Les dialogues sont très écrits, très littéraires, mais très beaux, et admirablement joués.

Les scènes qui réunissent Gérard Depardieu à Gaspard Ulliel sont formidables. Et Gaspard Ulliel sort enfin des rôles de beaux mecs. Il prend de l’étoffe, il est passionnant.

Le film est brutal mais très beau et très puissant.

Aller plus loin

🎧 L'interview du réalisateur Guillaume Nicloux dans La Bande Originale

🎧 Et l'interview de Gaspard Ulliel dans Le Nouveau Rendez-Vous

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À noter que d'autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici !

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