"L'été. Un lieu de drague pour hommes caché au bord d'un lac. Franck tombe amoureux de Michel. Un homme beau, puissant et mortellement dangereux. Franck le sait mais veut vivre sa passion jusqu'au bout."

L'inconnu du lac
L'inconnu du lac © Radio France

Vrai-faux paradoxe : L'INCONNU DU LAC, en raison de deux ou trois scènes "explicites", sera à sa sortie en salles interdit aux moins de 16 ans, et c'est le film le plus "accessible" de son auteur, le film de la maturité. Presque un grand film classique qui marquerait les noces de Renoir et d'Hitchcock : le sensualisme d'une... "partouze de campagne" mélangé avec le suspense de ..."l'inconnu du sud lacustre". Tout un programme porté par un merveilleux casting exclusivement masculin d'où émergent Pierre Deladonchamps, Christophe Paou et Patrick d'Assumçao (mention spéciale pour ce dernier dans l'incroyable rôle d'un hétéro bûcheron, échangiste et philosophe de l'amour et des rencontres à ses heures perdues au bord du lac). Oui, tout commence au bord de l'eau, presque en canotier, comme chez Renoir, pour mieux se terminer au fond des bois là où le loup y est bien avec son petit couteau, comme toujours chez Hitchcock. Entretemps, on aura croisé des dragueurs et des dragués ainsi qu'un flic hétéro plutôt fûté qui trouve que ces messieurs ont de drôles de façons de s'aimer, ce qui dans sa bouche n'est pas un jugement mais un constat un peu triste.

Si Guiraudie semble ainsi aller dans des terres cinématographiques bien balisées, c'est à l'évidence pour mieux nous attraper et nous emmener au bord de ce lac d'où surgit un monstre qui n'a rien de chimérique. Ce Loch Ness méditerranéen est tout sauf vaporeux. C'est sous le soleil qu'il s'épanouit au contraire. Or, le soleil, ni la mort ne se peuvent etc, on connait la suite. Tout se transforme chez Guiraudie : les eaux du lac peuvent etre aussi accueillantes et chaudes que dangereuses et glaçantes, les buissons du bois abritent les corps qui s'enlacent autant que ceux qui s'entretuent,... C'est cette incertitude insidieuse qui envahit progressivement et le film et l'écran dans une atmosphère et prosaïque et mystérieuse. Les spectateurs cannois ne s'y sont pas trompés qui, en fin d'après-midi ont fait une longue standing ovation à Guiraudie, Sylvie Pialat sa productrice et la vingtaine d'acteurs et collaborateurs techniques présents, le tout en présence de Michel Piccoli venu en simple spectateur. Ils faisaient plaisir à voir ces artisans d'une belle œuvre dont on se dit que le budget a du être ridicule et inversement proportionnel au taux de cinématographie que le film contient ! On se dit que cet INCONNU DU LAC est le prototype parfait des films français dont il convient de préserver à tout prix le financement.

En tout état de cause, le film d'Alain Guiraudie s'impose comme l'un des chocs de ce Festival, un diamant de cinéma sombre et solaire, une évidence inquiétante et lumineuse dans le paysage, un rayon vert, rose et rouge sang !

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