A la veille de mai 68, les bouleversements dans une école ménagère d’Alsace… Et si la bonne épouse devenait enfin une femme libre ?

La bonne épouse
La bonne épouse © Carole BETHUEL - LES FILMS DU KIOSQUE

Depuis des années, l’école ménagère de Bitche, en Alsace, se donne pour mission de former ses jeunes élèves à devenir des femmes au foyer idéales. C’est la loi de l’époque : se marier et être au service d’un homme. À la veille des événements de mai 68, Paulette Van Der Beck, la directrice, secondée par sa belle-sœur Gilberte et sœur Marie-Thérèse, va voir toutes ses certitudes vaciller à la mort de son mari. Est-ce le retour de son premier amour André ou le vent de liberté de mai 68 ? Et si la bonne épouse devenait enfin une femme libre ?

Entretien avec le réalisateur Martin Provost :

Mai 68 va tout faire voler en éclat : c’est le point de départ d’une formidable prise de conscience, qui allait accélérer le mouvement d’émancipation des femmes. Toute l’imagerie véhiculée par ces écoles ménagères est à la fois infiniment drôle et terrifiante. Elle raconte toute une époque. Je voulais que le film soit très stylisé, avec des dialogues ciselés, un rythme soutenu, de l’émotion… qu’il soit plein de cette énergie incroyable qui s’est libérée avec 68.

La bonne épouse
La bonne épouse / Carole BETHUEL - LES FILMS DU KIOSQUE

La Bonne Épouse pour moi n’est pas qu’une comédie, ou disons que c’est une comédie qui traite de choses sérieuses, l’émancipation des femmes. Paulette, directrice de l’école ménagère Van Der Beck, est coincée dans son propre rôle, puisque ce qu’elle enseigne n’est plus valable. En face d’elle, ses élèves commencent à affirmer leurs désirs. Elles veulent vivre pour elles-mêmes. Et quand Paulette retrouve son premier amour, elle est à son tour ébranlée par toutes ces forces qu’elle a réprimées en elle. 

La bonne épouse
La bonne épouse / Carole BETHUEL - LES FILMS DU KIOSQUE

Il nous fallait quatre tempéraments très différents. Caractéristiques de l’époque. Il y avait Albane, l’altière Albane, dont on se demande ce qu’elle fait là puisque l’école est réservée à des filles d’origines plus modestes. Il y a Corinne, la rousse (à l’époque, des restes de superstition y voyaient encore une tare) qui obéit à son destin de fille sacrifiée au bénéfice de son frère, qui lui fait des études et elle qu’on marie. Yvette, l’effacée, écrasée par son père, et qui va se transformer petit à petit, au contact de ses nouvelles amies. Et puis, il y a Annie, la frondeuse, l’émancipée, la première à tenir tête à Paulette.

La bonne épouse
La bonne épouse / Carole BETHUEL - LES FILMS DU KIOSQUE

J’aime ces représentations qui relativisent le rôle de l’individu en lui donnant une position minuscule dans des paysages immenses, que ce soit chez Sempé, Hokusaï, ou Jérôme Bosch. Face au cosmos nos petits égos se réduisent à pas grand-chose, des particules.

La bonne épouse
La bonne épouse / Carole BETHUEL - LES FILMS DU KIOSQUE

Paulette Van Der Beck : 

« Voici les 7 piliers qui feront de vous, mesdemoiselles, la perle des ménagères, un rêve pour vos futurs époux !

  • Pilier n°1 : La bonne épouse est avant tout la compagne de son mari, ce qui suppose oubli de soi, compréhension et bonne humeur.
  • Pilier N° 2 : Une véritable maîtresse de maison se doit d’accomplir ses tâches quotidiennes, cuisine, repassage, raccommodage, ménage, dans une abnégation totale et sans jamais se plaindre.
  • Pilier N°3 : Etre femme au foyer c’est savoir tenir ses comptes dans un souci d’économie constant, savoir évaluer sans caprice les besoins de chacun, sans jamais mettre en avant les siens. Vous êtes une trésorière, pas une dépensière.
  • Pilier N° 4 : Etre femme au foyer c’est être la gardienne de l’hygiène corporelle et ménagère de toute la maisonnée.
  • Pilier N° 5 : Première levée, dernière couchée, la bonne ménagère ne se laisse jamais aller, sa coquetterie, son amabilité, sa bonne tenue étant les garants de ce qu’on appelle “L’Esprit de famille“.
  • Pilier N°6 : La bonne ménagère s’interdit toute consommation d’alcool, se devant de toujours montrer l’exemple, surtout à ses enfants. En revanche, elle saura fermer les yeux et se montrer conciliante si son époux se laissait aller à ce mauvais penchant, ce qui arrive si souvent.
  • Pilier N° 7 : Un dernier devoir est à la bonne épouse ce que le travail est à l’homme, parfois une joie, souvent une contrainte, je veux parler du devoir conjugal. Avec le temps et en y mettant un peu de soi-même, on franchira cette épreuve aussi pénible et ingrate soit-elle. L’expérience vous apprendra qu’il en va de la bonne santé physique et morale de toute la famille. »
La bonne épouse
La bonne épouse / Carole BETHUEL - LES FILMS DU KIOSQUE
La bonne épouse
La bonne épouse / Carole BETHUEL - LES FILMS DU KIOSQUE

►►► Distribution

  • Réalisateur : Martin PROVOST
  • Scénario : Martin PROVOST et Séverine WERBA
  • Avec Juliette BINOCHE, Yolande MOREAU, Noémie LVOVSKY, Édouard BAER, François BERLÉAND, Marie ZABUKOVEC, Anamaria VARTOLOMEI, Lily TAÏEB, Pauline BRIAND
La bonne épouse
La bonne épouse / Carole BETHUEL - LES FILMS DU KIOSQUE
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