La critique de cinéma mène à tout et même au cinéma. Truffaut, Chabrol, Rohmer, Rivette et quelques autres en firent l’expérience en franchissant définitivement le miroir, en traversant l’écran pour devenir des cinéastes à part entière. Axelle Ropert entre dans ce club un peu fermé avec sa « Famille Wolberg », véritable bijou cinématographique qui vient de surgir dans les salles depuis ce mercredi. A partir d’une situation mélodramatique (un père de famille notable local et très convenable décide de cacher à sa famille qu’il est atteint d’ue très grave maladie), la cinéaste déploie des trésors d’intelligence, d’ironie, de gravité, d’humour, de tendresse, de musique et tout simplement de cinéma pour faire naître un univers à part. Rien ne manque au portrait attendu de la cellule familiale (l’oncle rebelle, l’adultère, le fils gentil, la fille insoumise, le père-poule et la mère-mythe), rien ne manque, non, et tout fait défaut si l’on gratte un peu le vernis. Après Desplechin et Honoré, Ropert dans un style fort différent nous donne sa vision du clan familial en faisant feu de tout bois, de tout vous dis-je : ici, le père-mère est Maire. Bref, ici on joue, on s’amuse et on pleure. Les références abondent sans jamais servir d’alibi et encore moins d’inspiration. On entre dans du Renoir et du Truffaut, on effleure Demy, on s’attarde en Rivette et Rohmer, on aborde Almodovar et Allen… Stop, l’énumération n’a plus de sens et l’on risque de faire croire à des pastiches, là où il n’est question que de petits cailloux dont Ropert n’est peut-être même pas responsable. Il est tellement « du » cinéma que ce film nous fait son cinéma et nous le notre à partir de lui.Rarement ces temps derniers, on aura été aussi rapidement et efficacement plongé dans une histoire et admis dans ce cercle des émotions reparues. Rarement ces temps derniers, on aura ressenti à travers un film que la vie, c’est gai, la vie, c’est triste. Rarement le malheur d’un homme aura été si fécond et si puissant et si joyeux. François Damiens et Valérie Benguigui et Jean-Luc Bideau et à vrai dire l’ensemble des acteurs du film contribuent impeccablement à faire vivre ce petit théâtre-là. Sans compter une musique soulparfaitement à sa place ici.On découvrira bientôt sur les écrans les premiers films de Laurent Perreau (« Le Bel Age », avec Pauline Etienne et Michel Piccoli) et de Léa Fehner (« Qu’un seul tienne et tous les autres suivront », avec Redha Kateb et… Pauline Etienne !) et l’on pourra donc constater qu’avec le film de Ropert, ils démontrent que le « jeune » cinéma français est plus que prometteur et qu’il affiche une incroyable maturité et de forme et de fond.Pour l’heure, c’est « La Famille Wolberg » qu’il convient d’aller voir. Aller ? Non ! Se précipiter, oui !Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Dieu perd les pas qu’il faitLorsque tu m’es absente. »Aragon, « Lorsque s’en vient le soir »

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