Pour son 7e long-métrage, le réalisateur chinois Wang Quan'an nous invite au cœur de la Mongolie extérieure aux travers d'une enquête moins polaresque que poétique, avec une mise en scène qui se réinvente en permanence au gré de paysages et de silences saisissants. À couper le souffle des critiques du Masque.

"La Femme des steppes, le flic et l’œuf" : Le Masque & la Plume sublimé par le dernier film de Wang Quanan
"La Femme des steppes, le flic et l’œuf" : Le Masque & la Plume sublimé par le dernier film de Wang Quanan © Wang Quan An

Le film présenté par Jérôme Garcin

Mon petit chouchou du jour

Tout commence la nuit. On est dans la steppe. Un vieux 4/4 de la police roule au milieu, on voit dans les phares des chevaux sauvages, sur une terre où seraient enfouis des œufs de dinosaures. Et alors les phares, tout d'un coup, éclairent un cadavre de femme dénudée. Le chef des flics, bientôt retraité, laisse à un jeune flic de 18 ans le soin d'empêcher les loups de dévorer la victime. Il le laisse avec eux, avec le cadavre et charge une bergère qui, comme Murat, ne se déplace qu'à chameau et armée. Il charge la bergère de veiller sur celui qui veille sur le macchabée. Et puis, le jour se lève, les policiers viennent chercher le cadavre et l'enquête, qui n'a à mon avis aucun intérêt, reprend son cours parce que le sujet, ça n'est évidemment pas le polar, c'est plutôt un film sur la réincarnation, sur la steppe, avec une image magnifique. 

Formidable, ce film !

Xavier Leherpeur : "c'est une petite merveille, tout est réussi"

XL : "C'est un vrai bonheur de cinéma parce que vraiment, tout repose ou pratiquement sur la mise en scène, sur ce découpage de l'espace. Il y a une ligne d'horizon qui change incessamment et qui raconte énormément avec un ciel plus important que la terre la plupart du temps, mais qui évolue. Ce n'est jamais systématique. 

On ne devine jamais dans quelle direction il va braquer, un peu comme au début, on a l'impression que les phares du cinéaste s'éclairent et puis, il suit des pistes policières. 

C'est quelque chose qui semble ne mener à rien et, en même temps, il y a des choses très belles 

C'est un film qui surprend toujours, alors que sa lenteur, son rythme comme ça, un petit peu amorphe, pourrait laisser penser que l'on devine où il va aller, mais pas du tout. Il nous surprend, il nous émeut. 

C'est d'une poésie absolue avec un pouvoir de la mise en scène sur lequel repose toute cette réussite

Il y a une scène absolument magnifique : le gamin qui vide son téléphone portable en dansant toute la nuit chez lui près du cadavre sur des chansons à la fois traditionnelles, pop. Il y a constamment des trouvailles ! Ça construit vraiment les personnages dans leur absence de dialogue, ils parlent très peu". 

Tout est réussi

La Femme des steppes, le flic et l’œuf de Wang Quan' An
La Femme des steppes, le flic et l’œuf de Wang Quan' An / Wan Quan' An

Charlotte Lipinska : "un film contemplatif, poétique et envoûtant" 

CL : "Je crois que c'est le plus grand voyage qu'on peut faire, le plus dépaysant possible, le moins cher. 

Au prix d'un ticket de cinéma, on plonge dans un monde extraordinaire

La qualité de l'image est totalement démente. Vous avez un ciel qui vous bouffe les quatre cinquièmes de l'écran, une ligne d'horizon qui fait que durant tout le film, une grande partie des personnages ne sont pas plus grands qu'un grain de riz. On ne distingue même pas les visages parfois. Et, peu à peu, le film va se rapprocher d'eux, jusqu'à filmer cette bergère qui devient un peu l'axe central du film. C'est d'ailleurs le portrait d'une femme terriblement indépendante, qui balaie gentiment son ex qui tente de la reconquérir maintes et maintes fois. 

II faut imaginer la beauté de l'image de ce flic qui va danser la nuit à contre jour, avec juste un tout petit feu de bois sur "Love Me Tender" d'Elvis Presley, c'est dément". 

Un film à la fois contemplatif et terriblement envoûtant, avec une réflexion poétique sur le cycle de la vie

Eric Neuhoff totalement subjugué 

EN : "C'est magnifique, c'est superbe, c'est sublime. 

C'est de la beauté à l'état pur

On ne comprend pas tout, c'est assez long, mais on ne s'ennuie pas une seule seconde, on est plongé là-dedans, dans ses ciels, comme dans les tableaux de Salvador Dalì. Cette steppe qui est comme un vertige horizontal. C'est une réussite totale. C'est un film étonnant, à la fois policier, avec une histoire d'amour, un adieu à l'innocence avec de la poésie pure et dans un lieu improbable". 

Pierre Murat

PM : "vous avez tout dit. Ce qu'il faut juste rajouter, c'est que c'est vraiment une étude sur le temps. Les plans sont longs, et c'est très important qu'ils durent aussi longtemps avec l'espace et le temps qui sont vraiment en osmose et donnent quelque chose d'absolument magnifique". 

Le film

► Au cinéma depuis le 19 août

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

5 min

"La Femme des steppes, le flic et l’œuf" de Wang Quanan

Par Jérôme Garcin

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