J’avoue qu’avec le cinéma d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu, l’incompréhension me gagne de plus en plus au fil de leurs films. Un sentiment grandissant depuis « Peindre ou faire l’amour » aimable variation bavarde sur la sexualité d’un quinquagénaire. Désarroi confirmé avec le précédent « Voyage aux Pyrénées » qui clignote de décalages forcés et d’audaces dérisoires. Avec leur nouveau film, très simplement intitulé « Les Derniers jours du monde », les deux auteurs-réalisateurs réussissent la sidérante synthèse de Michel Houellebecq et Alain Robbe-Grillet cinéastes (que pour ma part je ne confonds pas avec les deux écrivains qui portent exactement les mêmes prénons et noms… !). Soit la fusion qui fait rire entre l’esprit de 68 avec son lot de nudités débridées et bourgeoises et un messianisme de pacotille qui redécouvre la lutte des classes et la révolte des esclaves. C’est ainsi que nous assistons, au bord du rire et à deux doigt des larmes (de rage) à la folle course-poursuite de Mathieu Amalric, de Biarritz à Paris en passant par Toulouse et jusqu’au fin fond du Lot. Le tout sur fin du monde comme le titre l’indique. Dans une France en pleine débâcle (les Larrieu de ce point de vue ont bien regardé le superbe et survitaminé « Bon voyage » de Rappeneau…), tout va mal, tout se délite, tout devient dangereux. Reste l’amour, l’amour fou que porte le héros à une bien aimée qui le hante à juste titre. On aimerait tant croire au moins à cette histoire-là. On voudrait tant qu’Eluard chasse les remugles des folies bourgeoises vaines et lassantes. Mais, hélas, les deux cinéastes se retrouvent englués dans cette histoire de fin du monde, paralysés par la volonté de la mener (évidemment…) jusqu’au bout. Comment raconter la nécessaire envolée de l’amour en chaussant les semelles de plomb de la lourde fable symbolique ? Comment croire à l’Eden véritable quand l’Enfer décrit est caricatural au dernier degré ? Comment vouloir vibrer à l’unisson d’une passion amoureuse quand des scènes grotesques rythment l’ensemble ? On aimerait sauver de l’ensemble une liberté joyeuse et iconoclaste, mais ce chamboule-tout est bien trop sage, comme le rêve que ferait un vieillard un peu lubrique à la fin de sa vie. Et c’est ici un songe creux, presque chic et choc, terriblement ennuyeux pour finir.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Il faut attendre au cœur du monde qu’un monde ignoré se dévoile »Jean-Claude Pirotte, « Le Guet »

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