Sur Inter ce matin, chez l'ami Guillaume Erner, la cinéaste Chantal Akerman, auteur d'un documentaire sur Pina Bausch ("Un jour, Pina a demandé", 1982), a émis des réserves sur la personne de Pina Bausch. Certes, elle a souligné son talent, mais elle n'a pu s'empêcher de dire la méchanceté et la tyrannie de la chorégraphe allemande. Un reproche que l'on entend beaucoup dans le métier, en off donc, mais rarement au micro (c'est même inédit, semble-t-il). De la part d'Ackerman, il y avait un certain courage à ne pas rendre un hommage convenu et laudatif, et pourtant sa libre parole entrainaît une certaine gêne chez l'auditeur, devant ces propos semble-t-il revanchards (un auditeur sur le site d'"Esprit critique" qui semble connaître la cinéaste évoque une désolante jalousie). Et quel grand artiste n est pas souvent tyrannique ?Peu importe, plaçons-nous du côté de ceux qui ne connaissent pas Pina Bausch. Du moins, pas l'être humain. Seul compte aujourd'hui, après sa mort, le souvenir du spectateur. Depuis une quinzaine d'années, la chorégraphe avait tendance à irriter par ses redites. Chaque année, l'idée était toujours la même, répétée de capitale en capitale : ses danseurs investissaient une ville (Lisbonne, Budapest...). A partir de leurs émotions, ils improvisaient. Pina Bausch faisait alors un montage de leurs propositions et un ballet naissait sur une bande-son souvent extraordinaire, mêlant des musiques du monde, ce qui ajoutait à la grâce des danseurs. On se lassait, c'est vrai de ce qui parfois ressemblait à des cartes postales, un dépliant touristique. Et pourtant, elles vont manquer ces images (le spectateur est changeant au fil du temps, son goût évolue, varie, ses certitudes s'émoussent).Mais il reste des moments inoubliables. Des duos d'une grande sensualité, les cheveux des danseuses qui donnaient l'impression de danser, libres et indépendants du corps, des artistes de toutes nationalités aux sourires d'enfants que l'on attendait chaque année, avant l'été, au théâtre de la ville, des végétaux qui prenaient place sur le plateau, des oeillets rouges, de la mousse verte, de l'eau qui souvent coulait dans ses spectacles, une grâce extraordinaire associée à beaucoup d'humour (on riait chez Pina Bausch, depuis plusieurs années) .Méchante, folle, sévère, associale, Pina Bausch ? Peut-être, mais oublions. Il ne faudrait pas que ces qualificatifs ternissent notre héritage, ces images, leur pureté, leur beauté .

Bamboo blues, 2007
Bamboo blues, 2007 © Radio France
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