« Ce n’est pas toutes les semaines qu’un film fait rire les critiques ! », ce slogan accompagne les différentes déclinaisons de la campagne de publicité publiée ce matin par « Libération » et financée par la société de production et de distribution de films, « Le Pacte », pour chanter les louanges du premier film réalisé par l’acteur Emmanuel Salinger, « La Grande Vie » lequel sera sur les écrans mercredi prochain. Au total, quatre "pavés" de pub répartis dans les premières pages du quotidien dont la une. Au final, l’équivalent d’une pleine page. C’est d’abord cette drôle d’accroche qui a retenu mon attention à propos d’un film que j’ai vu et dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’il m’a semblé poussif. Avec ce slogan publié dans « Libération », on surfe sur la bonne petite vague facile et populiste des idées reçues : les critiques rient rarement et les critiques ont toujours le même avis. Ce genre de tautologie m’a toujours échauffé les sangs ! Pas plus que n’existe « la » critique, pas plus « les » critiques ne parlent d’une seule voix, y compris au sein d’une même rédaction. J’en veux pour preuve éclatante cette semaine le traitement réservé par mes différents consœurs et confrères de la presse écrite au nanar de Yann Moix, « Cineman », avec Franck Dubosc dans le rôle titre. En consultant Internet, j’ai découvert avec stupéfaction que des critiques du « Figaro » et de « Marianne » (un bon grand écart !) ont adoré ce film lui trouvant de formidables vertus scénaristiques et faisant de Dubosc un parangon de sobriété dramatique... D’autres, dont je suis, ont dit tout le mal qu’ils pensent d’un film bâclé et joué par un cabot pas drôle. Mais l’essentiel n’est pas là : des critiques ont ri, beaucoup, et l’ont écrit, longuement. Est-ce une exception ? Non ! Chaque semaine apporte son lot de confirmations, y compris dans le domaine de la comédie. Affirmer ou sous-entendre le contraire, comme le fait cette publicité mensongère donc, c’est vouloir en toute connaissance de cause creuser le fossé entre "la" critique et "le" public, comme si la vision d’un critique riant relevait de l’événement mondial. Pour le reste, je n’aurai pas la cruauté de vous citer certaines critiques retenues par le distributeur qui étonnent par leur enthousiasme débordant à l’égard d’un film qui, quoi qu’il en soit, n’entend pas renouveler le burlesque de fond en comble. Et pourtant le « gag » d’ouverture, usé jusqu’à la corde, semble remporter beaucoup de suffrages : le héros du film fait un geste malheureux qui, par un effet de réaction en chaîne, va finalement détruire l’intégralité de sa bibliothèque transformée en un château de cartes. Hilarant et innovant, non ? Oui peut-être, pour qui n’a jamais vu un film de Keaton, des Marx Brothers ou même n’importe quel épisode ancien de Mr. Bean… Méchant comme je suis, vous le savez bien, je ne résiste pas cependant au plaisir de vous citer très brièvement Lucie Calet du « Nouvel Observateur » qui écrit donc à propos du héros : "Voici Grégoire, fan de Socrate et de Platon (connais-toi toi-même) dans le grand bain de la télé…" J’avoue que cette parenthèse elliptique et définitive pour caractériser Socrate et Platon (au cas où…) m’a fait hurler de …rire et pour de bon cette fois ! Et ce d’autant plus que quelques lignes plus bas, on peut lire cette conclusion : (une farce) « brillamment écrite et vivement montée par Simon Jacquet, l’héritier putatif de François Gédigier », soit deux noms d’illustres inconnus pour le commun des mortels lequel aurait adoré pour chacun d’eux l’équivalent du « Connais toi toi-même » précédent… Précisons malgré tout qu’il s’agit là de deux monteurs émérites et reconnus par la profession. Mais que venaient-ils faire dans cette bizarre critique ?Qui veut faire l’ange fait la bête : à trop manier le second degré, l’ironie et le décalage, les auteurs de cette campagne de pub finissent par prendre un peu n’importe quoi en exemple et en exergue…Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Le regarder travailler lui était apparu comme une façon différente d’être à ses côtés, et de partir à la découverte de choses inconnues. »Charles-Ferdinand Ramuz, « Articles »

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