Ca y est, la tête commence à tourner. 2 ou 3 films par jour, la moyenne du festivalier cannois, et l'on s'enivre avec bonheur de cette valse d'images. Une valse à 2 temps cette année, à en croire les premiers films présentés : du cinéma qui fait un pas du côté du documentaire, un pas du côté de la fiction. Hier, un couple de cinéastes libanais emmenait Deneuve dans le Liban dévasté par les bombes israéliennes, en inventant sa rencontre avec un acteur libanais. Aujourd'hui, c'est la mafia napolitaine que le réalisateur italien Matteo Garone filme avec un réalisme époustoufflant, dans "Gomorra". Quel film! Quel projet et quelle audace! "Gomorra" dépeint la Camorra comme un enfer. Celles et ceux qui ont eu la malchance de naître pauvre, dans la région de Naples, n'échapperont pas à leur destin. Les enfants rêvent de copier leurs aînés, des caïds, des caïds pauvres, de pauvres caïds. Beaucoup n'auront pas le temps de grandir. Rares sont ceux qui mourront vieux, dans cette mafia d'en bas. Avec une virtuosité et un sens de la photo exceptionnels, Matteo Garrone ne tire pas son film (inspiré d'un livre enquête best-seller en Italie signé par Roberto Saviano) vers le mélo. Non, ses deux heures trente sont une fresque, un moment de la vie de quelques uns, à Naples, puisqu'il suit le destin de quelques personnages. Au départ, beaucoup de situations vous échappent. Qui fait quoi? Qui tue qui et pourquoi? Puis vous laissez le cinéaste vous guider dans des lieux plus vrais que nature. Des lieux de misère , des bidonvilles où poussent des familles entières. Quand une famille célèbre un mariage, à l'étage du dessus, les hommes vendent de la cocaïne ou des armes. Partout, dans chaque histoire, un clan affronte un autre clan. C'est la guerre, et ce ne peut-être autrement dans ce paysage italien souillé, contaminé et sacrifié. La virilité du mafieux et son pouvoir imaginaire font rêver les plus jeunes qui jouent avec les armes comme avec des pistolets en bois, narguant la mort. Dans ces quartiers (des lieux magnifiquement trouvés et filmés : des sous-sols, des logements insalubres, des lieux perdus et désolés), on naît mafieux et l'avenir ressemble aux enfers. L'argent pourrit les relations humaines. Il n'y a pas plus incertain que la vie. En regardant "Gomorra", on pense aux reportages de guerre, Capa aurait sans doute filmé la mafia avec cette âpreté et ce réalisme. On pense aussi au souffle et à la violence de "1900" de Bertolucci". Garrone fait du cinéma en ayant un discours sur la mafia et dans les veines, une culture pointue du cinéma américain et italien. Ce grand cinéaste, n'a pourtant que 39 ans."Gomorra", en compétition à Cannes, sortira en août prochain.

Gomorra
Gomorra © Radio France
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