« Bonjour,Je m’appelle Lars von Trier et je suis votre nouveau prof de philo à deux euros pas plus. Prenez en note le sujet du jour : « Nature et culture, fromage ou dessert ? ». Vous le traiterez en 1h40 en partant de la situation de départ suivante : un homme et une femme font intensément l’amour, tandis que leur petit garçon, un vrai débrouillard celui-là, se tire de son berceau avec son doudou à la main, les mate le temps de faire exploser le tabou de la scène originelle et finit par monter sur un escabeau et se défenestrer involontairement. Le couple parental fait ensuite son travail de deuil dans une stricte répartition des tâches : la femme pleure et l’homme la traite (normal il est thérapeute, oui, il le sait que théoriquement cela ne se fait pas de prendre son épouse en thérapie mais pour compenser cette dérogation à la règle il lui signifie qu'il ne pourra plus la prendre tout court jusqu'à complète guérison). Ensemble, ils vont alors dans la forêt en un lieu appelé l’Eden (non ? si !) et là les drames peuvent commencer, tous fondés sur le fait que la nature n’aime pas être dérangée pour si peu. La pauvre mère se remet mal de tout ça, tout en présentant des symptômes d’hystérie et de nymphomanie (n’oublions pas que c’est une femme…), sans compter un déchaînement de violences physiques à l’égard de son conjoint : elle finit par lui fixer de force et en force une grosse meule de pierre à la jambe, histoire de le rendre plus attaché à elle. Lui, de son côté a bien du mal avec sa femme si émotive. Il est pourtant la culture incarnée (pensez, il est thérapeute) et il voit des Bosh (le peintre mais aussi la perceuse) partout et des Goya (le peintre uniquement, je n’ai pas trouvé l’autre référence et pourtant connaissant ce farceur de Lars, elle doit bien exister).Inventez la suite. »Ne comptez pas sur moi pour vous dire que tout cela m’indispose, me choque ou me bouleverse. J’ai regardé ce spectacle dans la plus totale indifférence, lorgnant vers ma montre de temps en temps, songeant à certains films de Lars von Trier que j’aime bien. Bon d'accord, pas vraiment la complétude absolue du coup, mais on ne peut pas tout avoir tout le temps, n'est-ce pas ? Quoi que... Evidemment von Trier se fiche de nous, évidemment ce grand Guignol (je vous ai en fait épargné le pire, mutilations et auto-mutilations sexuelles en tête !) n’a d’autre but que de nous faire rire. Un rigolo ce Lars qui intitule son film « Antichrist » et fait se côtoyer ce mot avec le symbole de la femme sur le générique de début. Et ainsi de suite jusqu’au générique de fin où l’on apprend que le film est dédié à... Tarkovski.Fin de la parenthèse scandinave. Je me paierai bien une petite tranche de Jacques Audiard, moi. Histoire de revenir aux fondamentaux !La phrase du soir ?« Un intégriste, c’est quelqu’un qui veut que tout le monde pense comme lui. C’est comme un daltonien qui voudrait te convaincreque le monde est rouge parce que, pour lui, le rouge, effectivement, il est vert. Et c’est même encore pire, parce que les daltoniens, ils voient tout en gris ! »Justin, alias Jacques Boudet, dans « Marius et Jeannette » de Robert Guédiguian

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