"Sauf dans les rares cas de cinéastes qui s'en occupent beaucoup,la musique est presque sacrifiée dans tous les films, et c'est un scandale permanent"

La Cinémathèque consacre sa grande exposition d'automne à François Truffaut, disparu il y a trente ans. L'occasion de nous intéresser au travail du réalisateur sur la musique.Le cinéma des années cinquante faisait la part belle à l'acteur, au verbe, privilégiant l'aspect visuel et la parole. Les choses vont radicalement changer avec l'arrivée de ce qu'on a appelé la Nouvelle Vague

François Truffaut et Jean-Pierre Léaud (1971)
François Truffaut et Jean-Pierre Léaud (1971) © MaxPPP

### La place du musicien

Jusqu’au milieu des années 50, le compositeur n’est pas considéré comme un auteur, mais comme un collaborateur technique et est payé au mètre. Les choses vont changer le 11 mars 1957 avec la loi qui crée le droit d’auteur. A partir de cette date, le scénariste, l’auteur de l’adaptation, le réalisateur et le compositeur sont tous considérés comme des auteurs.Le compositeur a donc dorénavant un droit moral sur l’œuvre. Il est consulté lors des rediffusions et touche des droits d’auteur.Cette loi correspond à l’arrivée de la Nouvelle Vague. Les jeunes réalisateurs français sont alors très influencés par le cinéma américain et par la manière dont les réalisateurs américains utilisent la musique. On retrouve d'ailleurs des références explicites au jazz et aux films noirs, notamment dans A bout de souffle .

La musique doit être toujours faite non pas dans une optique d'illustration de l'image, mais pour l'aider, la renforcer

Les réalisateurs de cette époque ne sont pas forcément des mélomanes, et ils l’assument, mais ils ne délèguent pas pour autant au compositeur la gestion totale de la musique. Au contraire, la plupart garde le contrôle en installant de longues collaborations. Ce fut le cas entre Truffaut et Delerue.Le rencontre a lieu juste après le tournage de Tirez sur le pianisteFrédéric Gimello-Mesplomb

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François Truffaut était un anxieux. Il y avait le côté pile, l'homme solaire, rayonnant, sociable et charmeur et la face sombre, le réalisateur angoissé, qui doute de lui et de ses collaborateurs. Le travail sur la musique de ses films étaient du coup une véritable récréation.Frédéric Gimello-Mesplomb

Delerue, Duhamel, Herrmann, Jaubert

François Truffaut a réalisé 22 films. Georges Delerue a composé la musique de 9 d'entre eux. Le réalisateur a donc fait quelques infidélités à son compositeur fétiche.Par trois fois, il collabore avec Antoine Duhamel, notamment pour deux "Doinel " et La sirène du Mississipi . Une collaboration assez logique puisqu'à l'instar de Delerue, Pierre Jansen, Maurice Jarre ou Michel Legrand, Antoine Duhamel appartient à la génération de musiciens dont l'éclosion coïncide avec la Nouvelle Vague.

Puis il y a Maurice Jaubert et Bernard HerrmanQuand Truffaut admire le travail d'un de ses pairs, cela transparaît dans son propre travail.Ainsi, pour les quatre films qu'il réalise entre 1975 et 1978, il utilise des musiques déjà existantes, composées par Maurice Jaubert. Et s'il fait ce choix, c'est aussi parce Jaubert a signé les musiques de Zéro de conduite et de L'Atalante , deux films de Jean Vigo que le réalisateur admire.

Le cas Bernard Herrmann est un peu différent. Bernard Herrmann, c'est LE compositeur attitré d'Alfred Hitchcock, et on connait l'admiration de Truffaut pour le "Maître du suspens". Herrmann va signer la musique de deux films : Fahrenheit 451 et La mariée était en noir , sans doute le plus hitchcockien des films de Truffaut. Cette collaboration là, Truffaut l'a, semble-t-il, vraiment vécue comme un coup de canif dans sa relation de travail avec Delerue, puisqu'il l'évoque dans sa correspondance avec le compositeurFrédéric Gimello-Mesplomb

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Tout fini toujours par des chansons

Les films de Truffaut regorge de chansons. celles qui sont revendiquées comme tel : "Avanie et Framboise" de Bobby Lapointe dans Tirez sur le pianiste , "Le tourbillon", chanté par Jeanne Moreau dans Jules et Jim ou la chanson du film Une belle fille comme moi, interprétée par Bernadette Lafont....Et puis, il y a toutes celles que Truffaut nous laisse entendre dans ses films, celles que ses personnages écoutent à la radio, fredonnent, sifflotent....Frédéric Gimello-Mesplomb

Juste pour le plaisir

► ► ► POUR ALLER + LOIN

Truffaut Cinémathèque
Truffaut Cinémathèque ©

Expo François Truffaut à la Cinémathèque Française François Truffaut est mort le 21 octobre 1984 à l'âge de 52 ans. À l'occasion du trentième anniversaire de sa disparition, la Cinémathèque française consacre à l'auteur des Quatre cents coups et de Jules et Jim une grande exposition. Conçue à partir des archives de François Truffaut déposées à la Cinémathèque par sa famille, elle retrace le parcours du cinéaste et dessine en pointillés son univers romanesque.

du 8 octobre 2014 au 25 janvier 2015

> Le site de la Cinémathèque Française

frédéric Gimello-Mesplomb
frédéric Gimello-Mesplomb ©

Frédéric Gimello-Mesplomb est Professeur des universités à l'université d'Avignon où il dirige l'équipe Culture et Communication (Centre Norbert Elias UMR 8562 CNRS - UAPV - Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales - Ecole Normale Supérieure) Il est l'auteur, notamment de "Analyser la musique de film : méthodes, pratiques, pédagogie" (Editions BOD Gmbh, 2010) et de "Georges Delerue, Une vie" (Hélette : Editions Jean Curutchet - Préface d'Oliver Stone, 1998)

> Le site de Frédéric Gimello-Mesplomb

Le 7/9 Patrick Cohen reçoit Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque française qui consacre actuellement une exposition au cinéma de Truffaut, et l'actrice Nathalie Baye. > Le site du 7/9

Concert "François Truffaut" à la Cinémathèque française Héléna Noguerra, Vincent Delerm, Raymond Alessandrini et Traffic Quintet honorent François Truffaut.

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