J-2 Cannes s’approche. J’ai espéré jusqu’au bout que le micro-ordinateur portable que A.A. m’avait spécialement commandé (pour un prêt, calmons-nous !) se perdrait dans les couloirs de France Inter et ne me parviendrait jamais. J’aurais alors pu faire une croix sur un blog à chaud. Mauvaise nouvelle : A.A. me fait savoir qu’il est arrivé. Seule une panne informatique pourrait me sauver maintenant. Mais je n’y crois guère. Il va me falloir tenir ma promesse, sous peine de me faire clouer au pilori par des lecteurs toujours bénévoles mais à qui on ne la raconte pas !Au moment où j’écris ce post démarre sur Arte la diffusion des « 400 coups » de François Truffaut. On a le sentiment de ne rien pouvoir dire de neuf sur ce film qu'on aiome passionnément. Sauf peut-être l’envie, la jalousie : on jalouse et on envie celles et ceux qui vont découvrir ce film pour la première fois. Ah ! les veinards ! Doinel pour la première fois. Doinel et son air têtu. Doinel et ses mensonges gros comme son cœur abimé. « Antoine Doinel, Antoine Doinel, Antoine Doinel » (« Fabienne Tabard, Fabienne Tabard »… ce sera pour plus tard, quand la Fée des lilas Delphine S. fera son apparition entre deux chaussures). Impossible pour ma part d’oublier « Les 400 coups ». Impossible donc de faire comme si une nouvelle vision pouvait avoir le même parfum que la première. Mais, en même temps, la certitude que le charme opère à chaque fois. Et l’empathie pour ce freluquet qui pique les photos en devanture des cinémas avec son meilleur pote. C’était il y a cinquante ans (le 4 mai 1959 très exactement, date de la présentation cannoise). On fête donc à Cannes et ailleurs la Nouvelle Vague. A tort et à juste titre. A tort, parce qu’on peut légitimement se demander s’il existe bien UNE Nouvelle Vague, s’il ne s’agit pas plutôt d’auteurs disparates, de nouvelles vagues au pluriel ? Quoi de commun entre Truffaut, Varda, Godard, Resnais, Demy, Chabrol, Rohmer, Doniol-Valcroze, Rivette, Kast, Rozier, Rouch et Malle ? Au-delà des cinéastes et des personnalités, quoi de commun entre « Le Beau Serge » et « Hiroshima mon amour », entre « Les 400 coups » et "Le Feu follet » ?A raison, parce qu’il règne dans ces films une liberté grande dont le final des « 400 coups » pourrait bien être l’image fondamentale : Antoine fuit le monde fermé et s’élance sur la plage d’une mer qu’il découvre pour la première fois. Le monde est à lui. Il nous le dit en face en regardant la caméra. Sa liberté est en marche et rien ne l’arrêtera. Sans mauvais jeu de mot, la nouvelle vague est là dans ce plan séquence et dans ce regard final.Allez, bon anniversaire Antoine !La phrase du jour ?« Je viens à Cannes comme un enfant à la mer. C’est la fête. »Gérard Depardieu, Cannes 1989

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