On reproche parfois aux critiques du Masque et la Plume de ne pas aimer les films populaires : "La Planète des singes 3 - Suprématie" a fait mentir les mauvaises langues.

La Planète des Singes - Suprématie
La Planète des Singes - Suprématie © Twentieth Century Fox France

Lors du "Masque et la Plume" du 6 août 2017, l'ensemble des critiques réunis autour de Jérôme Garcin - Michel Ciment (Positif), Eric Neuhoff (Le Figaro), Sophie Avon (Sud Ouest) et Xavier Leherpeur (7ème Obsession) - aura dit le pus grand bien du film.

Présentation du film par Jérôme Garcin

Le chimpanzé César est de retour dans ce troisième et biblique épisode inspiré du roman de Pierre Boulle. Après Les Origines et L'Affrontement, le temps est venu de La Planète des singes - Suprématie. Un film réalisé par Matt Reeves, où Andy Serkis prête sa voix et ses expressions à César, ex-animal de laboratoire doté d'une intelligence surhumaine depuis qu'il a servi de cobaye dans un traitement contre Alzheimer, et qu'il a libéré le peuple des singes du joug humain.

Il s'agit en l’occurrence pour la tribu des singes d'affronter un ordre fasciste, dirigé par le colonel Woody Harrelson, lequel a décidé de manière très très violente son extermination.

Michel Ciment : "C'est un plaisir physique de voir ce film"

J'en pense beaucoup de bien ! C'est la franchise la plus ancienne, avec James Bond. C'est un des meilleurs de la série. C'est un film qui est un plaisir de cinéma. On pense à des westerns d'Anthony Mann, à des films d'action, à des films de guerre. C'est un composite de plusieurs genres, et c'est un plaisir physique de voir ce film.

Des paysages enneigés, des poursuites absolument magnifiquement filmées, dans un style très classique. Ce n'est pas du tout un film d'esbroufe qui essaye de nous tromper : ça joue la carte du classicisme. Ça ne m'étonne pas que le public populaire aime la science-fiction parce que la SF est philosophique. Elle pose des questions.

C'est intéressant de voir l'espèce humaine qui est déclinante, qui est de moins en moins intelligente, et au contraire les singes qui évolue de mieux en mieux. C'est confirmé par l'actualité, parce qu'un peuple qui élit Trump comme président fait douter sur les capacités intellectuelles de l'esprit humain. C'est un film tout à fait passionnant.

Eric Neuhoff : "Du souffle, du fond, des références et de l'humour"

Ce César, c'est l'homme de l'année. Il est fabuleux, c'est un acteur incroyable. Il est courageux comme John Wayne, émouvant comme Richard Burton et il sait même pleurer comme Audrey Hepburn. Il est magnifique. Pour une fois, les trucages sont formidablement bien faits. C'est ce qui était gênant dans les premiers épisodes et même dans les débuts de 2001, l'Odyssée de l'espace, c'est qu'on voyait tellement que c'était des types avec une panoplie de Noël qu'on rigolait presque. Michel a raison : on est au cinéma.

Image extraite de "La Planète des Singes - Suprématie"
Image extraite de "La Planète des Singes - Suprématie" / Twentieth Century Fox France

C'est un film très très beau, à la John Ford avec des paysages incroyables, des avalanches, des combats. Il y a du souffle, et du fond. C'est une vraie histoire, avec des références et de l'humour. C'est un film qui nous permet de renouer avec la plaisir du vrai cinéma populaire.

Sophie Avon : "Une formidable méditation sur la nature humaine"

Je trouve ça magnifique. J'avais beaucoup beaucoup aimé le début de la trilogie. Celui-ci est très très beau, c'est filmé magnifiquement, avec la mélancolie de César, avec la canopée et les singes qui grouillent dans la canopée. C'est un film de guerre, et à l'intérieur de la violence il y a des suspensions.

Surtout, comme dans tous les grands films de science-fiction, ça se lit à plusieurs niveaux. Il y a un niveau métaphorique de fable avec cette espèce cousine qui nous permet de nous regarder nous autres humains. Et il y a un vrai versant réaliste : c'est presque un film d'éthologie moderne. Grâce à ce film on peut se poser la question de l'humanité. Est-ce qu'il faut être un humain pour être humain ? Une formidable méditation sur la nature humaine.

Amiah Miller dans La Planète des Singes - Suprématie
Amiah Miller dans La Planète des Singes - Suprématie / Twentieth Century Fox France

Xavier Leherpeur : "la mise en scène de Matt Reeves est absolument magnifique"

Il faut quand même nuancer un peu les choses : le film dans sa dimension politique n'est pas toujours d'une grande subtilité. Les citations de la guerre du Vietnam, de la Seconde Guerre Mondiale, du facho qui est Trump et qui veut construire un mur comme Donald Trump. Ils y vont un tout petit peu à la serpe, à la louche. C'est pas très subtil, mais comme on se dit que c'est fait pour un public d'Américains qui va manger du pop-corn pendant 2h10, il faut mieux asséner le message plutôt que le faire en demi-teinte.

Je trouve très beau la façon dont, avec ce film, il (Matt Reeves) réussit à raccrocher le roman de Pierre Boulle.

Les humains sont en train de perdre leur voix et politiquement ça a une gueule folle, dans un pays où Trump a été élu président alors qu'il était minoritaire en voix. C'est bouleversant la manière dont les humains sont en train de perdre leur capacité à dominer par la voix. Il y a Cornelius qui arrive, qui est le fils de César, qui sera le héros de la Planète des singes. Ce petit garçon qui voit dans la terreur sa famille décimée, son père partir à la guerre.

La mise en scène de Matt Reeves est absolument magnifique. Il vient de l'école de J. J. Abrams donc il sait ce qu'est un panoramique, un montage, une mise en scène, un espace, une profondeur de champ.

C'est un blockbuster intelligent, pas toujours très fin, et esthétiquement magnifique.

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Amiah Miller dans "La Planète des Singes - Suprématie"
Amiah Miller dans "La Planète des Singes - Suprématie" / Twentieth Century Fox France
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