Bon, alors, on voit quoi ce week end au cinéma ? Je vous donne mon tiercé dans l’ordre. A vous de voir…« Che : L’Argentin ». Je n’y reviens pas longuement. J’ai ici même dit tout l’intérêt que je porte à ce film rugueux, malaisé, insolite objet cinématographique qu’idéalement il faudrait voir en version intégrale. Soit durant quatre heures (avec entracte !), comme ce fut d’ailleurs le projet initial de son réalisateur. Le cinéma se comporte parfois drôlement, comme si dans une librairie il fallait acheter en deux fois les deux parties d’un même roman et ce à deux semaines d’intervalle. Tant pis, faisons avec et n’hésitez pas à tenter cette aventure cubaine. « Le Miroir magique » Vous y croyez vous à l’histoire d’une jeune femme qui attend non sans une certaine impatience l’apparition de la vierge ? Manoel de Oliveira n’avait que 98 ans quand il a réalisé cette fable malicieuse et délicieusement bavarde. On y parle de miroirs et du temps qui passe entre autres. On y croise (un peu !) Michel Piccoli et Marisa Paredes. Mais on est surtout transporté dans un autre temps, celui du magicien Oliveira. Lui seul est capable de nous faire croire à l’incroyable tout en nous signifian tde nous en méfier. C’est peut-être l’un de ses plus beaux films. Mine de rien. Entre grâce et légèreté. On y tutoie les anges factices et les apparitions faussement miraculeuses. Bref, on est dans le cinématographe et nulle part ailleurs. Tristes figures, esprits sérieux, passez votre chemin. Ce film ne vous sera pas aimable. Si vous faites partie des autres, ce voyage saura vous séduire, j’en fais le pari.« Mutum ». Réalisé par Sandra Kogut, ce film franco-brésilien a des allures de frêle embarcation dans cette semaine où sont sortis 14 films. Il est présent dans 15 salles au moins jusqu’à mardi soir prochain (on parle peu de cette réalité-là et pourtant la majorité des écrans sont réquisitionnés par une minorité de « grosses » machines : et si on faisait un peu plus de place aux petits et aux sans grade ?). Qu’en sera-t-il mercredi prochain ? C’est vous et vous seuls, les cinéphiles-spectateurs, qui en déciderez. Vous allez en nombre suffisant voir « Mutum » et sa carrière se poursuit. Dans le cas contraire, c’est l’agonie (lente ou brutale peu importe). Thiago et son frère Philippe vous attendent dans leur pauvre Sertao natal. Ils n’attendent que vous pour prendre vie et incarner cette chronique qui fuit le misérabilisme comme la peste. Ces deux-là vont avancer portés par une énergie définitive, à la vie, à la mort. Cette dernière, on le sait, ne se peut « regarder en face », tout comme le soleil : la bonne vision des choses et des gens est littéralement au centre de ce film qu’il convient de découvrir sans tarder. C’est dit.C’est tout ? Pas tout à fait, à vrai dire. Deux autres films sont dignes d’intérêt : « Frozen River » de Courtney Hunt parce que son actrice principale, Melissa Leo, le vaut bien et « Un barrage contre le Pacifique » parce que son actrice principale, Isabelle Huppert, etc.La phrase du jour ? « Le guerillero dans sa jungle, le bolchevik en veste de cuir, le soldat aux pieds nus de la Longue Marche, cela vous a une inertie excellente pour notre confort, tant imaginaire qu’intellectuel. » Régis Debray dans son pertinent « Pense-bête » du trimestriel « Medium » de janvier-mars 2009.

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