Avec « LA PRINCESSE DE MONTPENSIER » présenté ce matin en compétition officielle, Bertrand Tavernier renoue avec un genre qu’il affectionne, celui du film en costumes. Exercice souvent périlleux mais à qui il donna avec « QUE LA FETE COMMENCE » notamment de réjouissantes preuves d’excellence. On y sentait le vent de l’Histoire souffler porté par une pointe de malice et beaucoup de bonheur à remonter le temps. Du Manceron au cinéma en quelque sorte. Ce nouveau film s’inspire d’une nouvelle de Madame de La Fayette que j’avoue ne pas avoir lue !

B. Tavernier et M. Thierry
B. Tavernier et M. Thierry © Radio France / Jean-Paul Pelissier / Reuters

Point de comparaison donc, mais après tout, le film existe d’abord par et pour lui-même. Ou comment la passion amoureuse s’empare de Marie, une jeune princesse, alors que s’affrontent les clans protestants et catholiques. Or, c’est précisément ce qui gêne dans le choix de cette histoire. L’arrière-fond historique n’est rigoureusement qu’un prétexte dans la mesure où la passion amoureuse ne se joue que dans un seul camp, celui de la cour catholique. Seule la figure de Chabannes, un comte catholique passé au protestantisme puis revenu dans son camp justifie un tel contexte du point de vue de la dramaturgie. C’est d’ailleurs, à mes yeux, le personnage le plus intéressant. Incarné par Lambert Wilson, il offre au film des occasions de s’échapper des rigidités d’une histoire sentimentale finalement assez convenue de premières amours qui se fracassent sur le mur des conventions et du temps qui passe. Il devrait être le personnage principal puisque tout passe finalement par lui. Pour les jeunes héros de cette histoire (rendons grâce à Tavernier d’avoir respecté la grande jeunesse des caractères initiaux, comme l’avait récemment fait Christophe Honore pour « LA BELLE PERSONNE »), il est à la fois le précepteur et le mentor, le guide et le confident quasi confesseur. C’est lui que l’on retient parce qu’il incarne l’esprit de ce siècle tragédie, partagé entre deux religions, homme de guerre révulsé par la guerre, homme de culture et de raison aux prises avec l’irrationnel de la Cour de France. C’est ce destin que l’on aurait aimé suivre, plus que celui de cette princesse tellement en dehors de son temps et des soubresauts de l’Histoire. Comme si Tavernier avait bizarrement tenu en lisière le contexte historique, politique et religieux, lui qui excelle pourtant dans ces reconstitutions croisées, à l’image du « JUGE ET L’ASSASSIN » récemment revu et commenté ici-même. C’est si vrai que la massacre de la Saint-Barthelemy n’existe qu‘à travers une petite scène de rue trop vite expédiée. Il est difficile de minorer à ce point l’Histoire au profit d’une intrigue sentimentale que le rang princier de ses protagonistes ne rend pas plus intéressante que cela à vrai dire. On goûte alors avec d’autant plus d’intensité les trop rares scènes sans les jeunes amoureux convenus, lesquelles mettent en avant des pères de comédie souvent drôles ou pitoyables, Michel Vuillermoz caracolant de ce point de vue en tête de distribution.

Raphael Personnaz, Gaspard Ulliel et Gregoire Leprince-Ringuet
Raphael Personnaz, Gaspard Ulliel et Gregoire Leprince-Ringuet © Radio France / Vincent Kessler / Reuters

Extrait du dialogue Marie Je n'aurais pas honte de parler d'une personne pour qui j'aurais éprouvé un sentiment. Chabannes Mais...qui vous dit que ?... Marie J'ai subi l'épreuve. Et j'en suis guérie. Chabannes Mais, Madame, jamais je ne ... Marie J'en suis guérie. Chabannes C'est donc que vous aviez peu souffert. Marie Suffisamment souffert.

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