Elle s’appelle Valérie Donzelli. Au cinéma, on l’a vue chez Anne Fontaine, Sandrine Veysset ou bien encore Delphine Gleize. A la télévision, chez François Luciani dans sa belle série « Camarades ». Désormais, il faudra tout simplement comter sur elle aussi du côté » des cinéastes. Avec « La Reine des pommes (délicieux titres), elle signe un premier long métrage qui se paye le luxe d’explorer les clichés des amours malheureuses pour mieux les dynamiter de l’intérieur. Adèle (Donzelli elle-même) est quittée par son son compagnon Mathieu (Jérémie Elkaïm). Songeant au suicide, elle se raccroche à sa mère qui ne veut pas d’elle et trouve refuge et consolation chez sa cousine Rachel laquelle lui conseille de noyer son chagrin dans la multiplication des aventures… Jusque-là rien de bien nouveau. Ce pourrait même être le point de départ d’une comédie « féministe » à la française qui se voudrait drôlle et virerait au sinistre malgré elle. Seulement voilà, Donzelli chante dans un autre arbre, celui de la cinéphilie joyeuse tout d’abord où l’on croiserait entre autres Demy et Truffaut, Rohmer et Godard. On peut se référer à la Nouvelle Vague sans pour autant faire un remake. Il y a ici comme une filiation et non une répétition. Et ce que dit Donzelli des hommes, des femmes et de l’amour lui appartient totalement. Si elle est de ce côté-là du cinéma (et ce n’est décidément pas le plus mauvais), c’est parce que son cinéma est en état de liberté. Comme le suggère la chanson de Trénet choisie par la cinéaste : « Fais ta vie loin des idées reçues, fais ta vie tu verras ça ira ». De fait le film fait sa vie en bousculant les conventions sans y toucher jusqu’à faire jouer LES hommes par UN homme histoire de ne pas perdre dans des détails insignifiants. Histoire surtout d’aller à l’essentiel des histoires proprement dites et singulièrement quand il s’agit de montrer les corps en communion. On ne dira rien ici de la ou des résolutions aux états d’âme d’Adèle puisqu’ils font partie intégrante du projet du film : déconcerter, réenchanter, redécouvrir. Que Valérie Donzelli pense que le cinéma est d’abord affaire de regard et d’imagination,, c’est à la fois très normal a priori, très réjouissant dans les faits et très singuler dans le paysage. Ce qui passe tout au log du film, c’est précisément une véritable jouissance à faire du cinéma en tordant les clichés et en inventant pour chaque situation donnée une issue de secours, un échappatoire à la convention pesante. Autrement dit, on respire ici un air plus que pur, y compris dans un banal jardin public quand il s’agit de se livrer tout entière à un amoureux entreprenant, directif et hardi.On se gardera bien de crier à l’émergence d’un nouveau courant dont le point commun serait celui d’un cinéma au féminin. Mais, que voulez-vous, Mia Hansen-Love, Sarah Leonor, Axelle Ropert, Ursula Meier, Laure Marsac, Valérie Donzelli et d’autres encore, on peut y voir comme un mouvement. Pour chacune d’entre elles, un premier film plus que simplement prometteur.J'oubliais le plus important pour l'heure : "La Reine des pommes" est dans les salles depuis ce mercredi. Alors...Vite, un film !Je me souviens que le premier film réalisé par Christine Pascal, « Félicité » laissait entrevoir des gouffres.

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