D’un point de vue cinématographique, Marseille a de la chance. Et plus particulièrement d’un point de vue documentaire. On se souvient par exemple de la fabuleuse série menée par le journaliste Michel Samson autour des soubresauts de la vie politique de l’après -Gaston Deferre : un modèle du genre.Il faut désormais compter avec une autre suite documentaire, « La République Marseille », soit sept films de Denis Gheerbrant dont l’intégralité sort sur les écrans mercredi prochain. Sept films (des courts, moyens et long métrage) qui forment un ensemble passionnant. Chacun se concentre sur un lieu marseillais particulier, un lieu populaire, une population spécifique : les quais et les dockers, des ouvriers syndicalistes, des femmes d’une cité-jardin, les habitants d’une cité ghetto ou bien encore ceux victimes de la spéculation immobilière qui vise une grande artère marseillaise (la rue de la République). Le cinéaste va donc d’une république spécifique, locale (celle d’une rue, voulue en son temps par Napoléon et son baron Haussmann.. nom de l’époque : rue « Impériale »… forcément !) à une République globale et universelle (la République française dont les composantes marseillaises sont symptomatiques. Au fond, pour sonder la France d’aujourd’hui, aller à Marseille, ville qui a donné son nom au « Chant des Patriotes de l’Armée du Rhin », soit le futur hymne national, quoi de plus naturel ? C’est une ville creuset, une ville carrefour, une marmite de communautés politiques, religieuses, sociales, culturelles et cultuelles. A juste titre, Gheerbrant tend longuement son micro à ses populations souvent privées de parole. En cela son œuvre est doublement balzacienne. Non seulement, dans ce nouvel épisode, il nous donne à voir les mécanismes d’une spéculation immobilière sordide digne des affairistes décrits par Balzac. Mais, il va plus loin en nous montrant la comédie humaine sinon dans son ensemble du moins dans ses aspects cachés. Il scrute les destins et les regards avec une acuité très stimulante. D’entretiens particuliers en réunions de locataires aux abois, « La République » dévoile de formidables caractères, des personnalités fortes et courageuses, des obstinés qui se battent, des individus qui ne baissent pas les bras. Et parce qu’il s’agit bien ici de vie, on rit et l’on sourit beaucoup à écouter ces petits David confrontés à Goliath promoteur.On ne saurait trop conseiller de prendre le temps de voir ces sept films-là. Car, ainsi que vous l’imaginez, le budget promotion de « La république Marseille » est moindre que celui du « Petit Nicolas »… alors, tenez-vous le pour dit via ce blog qui ne rechigne jamais à faire de la publicité à de belles œuvres !Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Je ne trouve qu’en vous je ne sais quelle grâceQui me charme toujours et jamais ne me lasse. »Jean Racine, « Esther »

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