Tout le monde n’est pas d’accord, mais le débat sur les Ch’tis et les César me semble beaucoup moins mondain qu’il n’y paraît. Une fois encore, une question anecdotique, et de mon point de vue parfaitement incongrue, révèle des réalités plus obscures. Avec son succès foudroyant, Dany Boon est entré dans une autre dimension. Il a quitté le monde réel pour entrer au royaume du Moi. Au fond, il ne fait rien d’autre que réclamer la création d’un César du meilleur Ch’ti. Les récompenses liées à la rentabilité financière et au nombre de tickets vendus étaient jusqu’à présent l’apanage de la presse professionnelle qui, via « Le Film français » distinguent chaque année les meilleurs soldats de la guerre économique, laissant à d’autres naïfs invétérés le soin d’estimer que dans argent, il y a aussi l’art, comme disait Cocteau.Accepter de créer un César pour un genre cinématographique, c’est admettre par anticipation les ghettos à venir et, une fois de plus, la victoire des communautés et des tribus. Aujourd’hui la comédie, demain le film policier, puis le drame social et enfin inévitablement le film « difficile », bref le film d’auteur ! Est-ce d'ailleurs vraiment un hasard si c'est l'auteur Dany Boon qui est porteur de cette revendicatio ? On peut penser ce que l'on veut de son film, mais le moins que l'on puisse dire c'est qu'il fonctionne parfaitement sur un mode tribal, à la gauloise en quelque sorte : la tribu du Nord contre celle du Sud, par exemple. Or, cette façon de penser le monde ne va pas de soi, faut-il le rappeler ? Ne pas voir le danger de telles dérives, c’est admettre la défaite du cinéma. On pense ce que l’on veut de Cantet et de Desplechin, il est urgent de se battre pour qu’au final leurs œuvres ne soient pas mises dans le même panier que les films de Maurice Cloche. Une fois de plus ce qui est en cause, c’est la contestation aussi radicale que populiste d’une hiérarchie des valeurs notamment dans le domaine culturel. Tout se vaudrait, n’est-ce pas ?On a parfaitement le droit de faire du divertissement, on a le devoir de reconnaître qu’il ne s’agit pas forcément de cinématographe. Ce qui est inquiétant, c’est que Boon puisse prétendre sans état d’âme concourir dans la catégorie du Meilleur film. On souhaite que les César ne cèdent pas à cette tentation d’un palmarès communautariste et démagogique. Un an, c’est bien pour oublier !La phrase du jour ? « Notre Nouvelle vague n’aurait jamais eu lieu si le jeune Américain Morris Engel ne nous avait pas montré la voie avec son beau film, « Le petit fugitif » ». François Truffaut Depuis mercredi dernier, ce film magnifique ressort dans les salles. Qu’on se le dise !

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