C’est ce mercredi que sort sur les écrans le documentaire de Christian Poveda, « La Vida loca ». C’est le 2 septembre dernier que ce cinéaste a été tué de quatre balles au Salvador pays qu’il sillonnait depuis trente ans. Assassiné par des membres de l’un de ces gangs de rue auxquels il consacrait précisément un film. « Mata para vivir, vive para matar » (« Tue pour vivre, vis pour tuer »), telle est la devise de 16 000 gamins salvadoriens, les « maras ». Ces derniers vivent littéralement en communauté avec taches domestiques partagées, serment de fidélité au groupe, élection des chefs et destitution en cas de manquement aux règles. Une famille idéale pour remplacer celle qui leur a manqué durant leur enfance… Et puis au centre de tout, c’est-à-dire de la vie quotidienne, la haine à l’égard des autres maras. La haine de l’autre et des autres dès lors qu’ils ne font pas partie de la communauté. La xénophobie à l’état pur, sachant que le « barbare » est juste de l’autre côté de la rue, même pas dans le village voisin ou dans le quartier d’à côté. Pourquoi cette haine et la violence qui en découle ? Personne ne le sait et d’ailleurs tout le monde s’en fiche. Ainsi va la vie dans la mort omniprésente. Cette guerre civile au sein du lumpen proletariat provoque dix décès par jour dans la capitale du Salvador.Ce cercle de l’enfer, Poveda est parvenu non seulement à l’infiltrer mais à le filmer chaque jour avec la bénédiction des gangs, ce qui le relevait du pur miracle. Il filme alors une humanité inhumaine avec son cortège de meurtres, de violences, de scènes familiales, de tendresse et de souffrances.Ces paradoxes en action font la force de « La Vida loca ». L’horreur et les larmes n’empêchent rien ni « humains » la naïveté des déclarations de fraternité, ni les vrais moments. En décrivant ainsi la banalité du mal et son cortège de questions jetées à la face de l’indifférence ambiante, Christian Poveda prenait assurément le risque de déranger, de gêner, et pas seulement les membres des maras filmés. Alors, le moins que l’on puisse faire, ici et maintenant, c’est d’aller voir en salles ce documentaire coup de poing, en mémoire d’un cinéaste qui est allé jusqu’au bout de sa volonté de témoigner, en mémoire également de ces soldats perdus d’une guerre inutile dont la violence tribale et primitive ne saurait nous laisser indifférents.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit :« Homme de désir, ne laisse donc plus ébranler ta confiance par les injustices de tes semblables. »Louis de Saint-Martin, « L’homme de désir »

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