Gilles Jacob est discret, fonction oblige. Pour sélectionner les films en compétition depuis 1977, il a dû déployer plus d'une fois des trésors de diplomatie. Il faut sans doute une force tranquille pour expliquer à un réalisateur que son film ne sera pas retenu ou convaincre les studios hollywoodiens de confier au festival un immense Coppola (quel rude combat pour obtenir "Apocalypse now", palme d'or en 1979, ex aequo avec "le Tambour"!).Gilles Jacob, directeur général puis Président du festival de Cannes, sort du silence. Dans "La vie passera comme un rêve", il évoque moulte souvenirs avec des stars. Et elles sont insupportables, ces stars. Jeanne Moreau, présidente en 1975, devine que sa suite n'est pas la plus prestigieuse du Carlton. Il faut donc sur le champ la changer d'appartement. En 1979, Roman Polanski jugeant tous les films mauvais, sauf un, fait boire le jury la veille du vote. Bien sûr, chacun parle de son vote. Le lendemain, le fameux dimanche du palmarés, le cinéaste polonais lance : "On ne revote pas, nous avons voté hier!" C'est ainsi que "Barton Fink" des frères Coen l'emporte, uniquement parce que le tout puissant Polanski a enivré ses camarades pour influencer leur jugement!Gilles Jacob ne pratique pas la langue de bois. Les vedettes ne sortent pas vraiment grandies de ce livre de portraits, mais il n'y a pas de haine. Juste un peu d'épuisement sans doute après tant d'années, ce qui n'exclut pas la tendresse. Jacob aime (beaucoup) les femmes, les actrices, les auteurs. Il pardonne quand le génie est au rendez-vous sur l'écran. Il aime le cinéma, ceux qui l'inventent et l'animent. Son évocation du génial et odieux Pialat est émouvante. Comme ces moments où, entre deux souvenirs cinématographiques, il raconte le petit enfant juif qu'il fut dans les années 40, contraint de fuir dans le Sud et changer de nom pour échapper à la police française. On peut même deviner que si le discret Gilles Jacob a écrit ces souvenirs, c'est surtout pour évoquer ce moment là, pour la toute première fois. "La vie passera comme un rêve", Gilles Jacob, Robert Laffont, 21 euros.

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