C’est aujourd’hui qu’est sorti le nouveau film de Ken Loach, « Looking for Eric ». Il est revenu bredouille de Cannes. Sans grande surprise : ce n’est pas à proprement un film « cannois ». Moins ambitieux que d’autres films du réalisateur (je songe à « Kes » récemment sorti en DVD et en salles ou bien encore au plus que parfait « Raining stones) mais plus réussi à mon sens que certaines fresques historiques récentes et un peu trop didactiques et pesantes. La présence au générique de Cantona a quelque peu éclipsé et la qualité du film proprement dit et l’excellence de l’acteur vraiment principal qu’est Steve Evets dans le rôle de ce fan de Cantona qui prend le joueur comme coach virtuel pour améliorer sa vie qui va à la dérive. Pour le non-amateur de football que je suis, la présence de Cantona ne tenait d’ailleurs pas de l’argument premier. Force est de constater que l’acteur sportif sans sort plutôt bien, même si la tâche n’était pas trop difficile : jouer son propre rôle ou presque ne relève pas du pari fou. Mais surtout, on sait gré à Loach d’avoir su éviter les obstacles que son scénario pouvait contenir. Le plus risqué à mes yeux résidait précisément dans la présence de ce fantôme de Cantona. Le héros du film le matérialise pour en faire son gourou et sa mascotte virtuels. Il n’apparait donc qu’à ses yeux. On voit bien ce qu’une telle situation aurait entraîné chez d’autres cinéastes : inévitablement, à un moment ou un autre, le scénariste serait tombé à pieds joints dans la facilité et aurait inventé des « gags », des quiproquos autour de cette situation, faisant par exemple douter l’entourage du héros de se on état de santé mentale. Rien de tout cela chez Loach. Jusqu’au bout la note est tenue : cette névrose cantonesque est cachée aux yeux du monde et le restera même au moment de la multiplication des Cantona (je vous laisse le soin de découvrir de quoi il s’agit en allant voir ce film hautement recommandable, vous l’aurez compris). « Looking for Eric » est globalement énergisant, ce qui est évidemment une belle qualité dès lors qu’il s’agit d’une énergie qui ne méprise pas les spectateurs.Que les choses soient claires, je ne crie pas au chef-d’œuvre ou à la divine surprise, comme on le ferait pour la découverte d’un incunable rhénan de 1497. Mais, j’attribue à Loach et à son équipe des vertuis qui font souvent défaut à la comédie sociale à la française : rigueur d’écriture, qualité de la réalisation, maîtrise du casting. A Cannes aussi, ce fut comme un rafraîchissement. Allez voir la vie rêvée, la vie imaginaire de ce fan de foot où les méchants sont punis. Comme toutes les vies rêvées, elle vaut la peine d’être vécue sous peine de passer sa vie à rêver en vain !La phrase du jour ?« Personne ne connaissait ma rose dans le monde à part moi. »Tennesse Williams

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