Sidérant ! L’entretien de Laurence Ferrari avec le Ministre de la Culture Frédéric Mitterrand hier soir sur TF1 m’ a laissé sans voix. La même journaliste qui, quelques temps auparavant, ne leva pas un sourcil quand face à elle un interlocuteur présidentiel déclara "coupable" un présumé innocent, s’est transformée hier soir en Fouquier-Tinville du petit écran bien pensant. Droite dans ses bottes et agressive du début jusqu’à la fin, Laurence Ferrari a porté haut les couleurs d’un journalisme qui dérape dans la fureur mise en sène et instrumentalisée. C’est du journalisme sur mesure d’audimat avec des questions à flux tendu qui, sans s’intéresser aux réponses, visent juste à instaurer l’amalgame (terme ministériel justifié). Et puis, au détour d’une réponse, on apprend tout simplement que ladite journaliste qui a fait l’ouverture de cet entretien sur le livre de Frédéric Mitterrand ne l’a pas pas lu ce livre, ou plus exactement qu'elle n’a lu que les passages « incriminés » ! Incriminés par qui ? Par Marine Le Pen chargée depuis peu et par elle-même des élégances du débat politique et adoubée en cela par des élus de tous bords, de droite comme de gauche. Depuis quand lit-on « un bout » du livre que l’on met soi-même au cœur de la polémique ? Face à un peintre, Laurence Ferrari lui parlerait peut-être d’un « morceau » de son tableau ?! La prochaine fois, Laurence Ferrari devrait plutôt adopter le sage adage : « Je ne lis pas les livres dont je parle, ça pourrait m’influencer »...Cette image ainsi donnée du non-travail journalistique fut compensée le soir-même sur France 3, mais à une heure bien tardive, par Laurent Neumann de « Marianne » qui, invité par Fédéric Taddéî, s’appliqua à dire des choses justes et fortes sur ces affaires en cours. Et puis, il y eut ce matin même sur France Inter, dans le « 7/10 » de Nicolas Demorand l’intervention d’Alain Finkelkraut qui s’adressait aux lyncheurs saoûls et fous pour qu’ils reprennent conscience. Mais même un philosophe inspiré ne peut aller contre un populisme ambiant. Manifestement, la raison est en sommeil et c’est un moment dangereux. Les affaires Polanski et Mitterrand feront une catégorie d’heureux : ceux qui s’acharnent depuis des mois à brouiller et déplacer les lignes, inverser les valeurs et faire sauter les verrous entre des lignes de partage qui structurent nos débats depuis toujours, du moins depuis l’instauration de la République. Finkelkraut en appelait ce matin au mendésisme. Il est clair que c’est bien de cette République moderne-là dont on aurait besoin ici et maintenant et non de ces gesticulations poujadistes qui nous font revenir des années en arrière.Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Rien n’absorbe plus que l’amour. On n’est pas paresseux, parce qu’étant amoureux, on paresse. L’amour sent confusément que son seul dérivatif réel est le travail. Aussi le considère-t-il comme un rival. »Raymond Radiguet, « Le Diable au corps »

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