On arrête de débloguer ? On la reprend cette chronique amoureuse du cinéma ? On la termine enfin cette pause estivale en forme de grosse paresse ? On l’écoute cette amie-qui-vous-veut-du-bien et qui vous suggère perfidement que tous les autres ont repris le clavier depuis belle lurette ? Voilà, voilà, voilà, on y vient. Mais d’un pas de sénateur, hein ? Ou plutôt d’un pas de centenaire. Celui avec qui ce matin Christine Masson et moi-même avons passé un peu plus d’une demi-heure dans un petit studio de France Inter. Cet entretien, vous pourrez l’entendre vendredi entre 17 et 18 heures, puisque « On aura tout vu » revient pour une deuxième saison. Oui, exceptionnellement, cette partie-là ne sera pas en direct : ce n’est pas tous les jours que l’on reçoit Manoel de Oliveira qui sort un nouveau film et fêtera en décembre prochain son… centième anniversaire. Mieux vaut ne pas faire de comparaison en voyant ce fringant et noble vieillard. Mieux vaut ne pas penser à X, Y ou Z qui vous est cher par ailleurs mais que l’on vient de voir en piteux état alors qu’il n’a pas encore 70 ans… La vie est injuste et Oliveira rayonne de malice, d’intelligence, de vivacité, le tout dans un corps qui ne se dérobe pas. Panama blanc, veste légère portée sur le bras en guise de vrai chic lusitanien, mais canne-prétexte et pantalon porté haut pour faire croire au temps qui passe. Impossible pourtant d’être dupe. Il demande d’entrée de jeu un café, mais un expresso, c’est à dire un bien impossible à offrir ici à Inter dont les machines à café déversent chaque jour des litres d’un breuvage légèrement noir et définitivement insipide. Alors il en profite pour jouer au chat et aux deux souris : première question, il élude et part sur le café, la caféine, le tanin. Deuxième question : même pas de côté pétillant et caféiné. A la troisième, il accepte de prendre la pelote et l’entretien commence. Je vous laisse le soin de l’écouter vendredi. Ne comptez pas sur moi pour vous priver d’entendre la voix délicate d’Oliveira, en français s’il vous plait. Ce qui se dit là ne peut que vous toucher. Une belle façon de vous donner l’envie d’aller voir son nouveau film, « Christophe Colomb, l’énigme » qui sort aujourd’hui même. Une fois encore Oliveira se joue et se déjoue de nous, spectateurs bénévoles émerveillés par tant de grâce. En quittant les locaux d’Inter, il continue de jouer. Cette fois, au jeu de la séduction pure. Il embrasse l’une avec tendresse. A l’autre, il tend une main généreuse. Il est déjà parti, lutin venu d’un autre monde pour nous parler d’amour et de cinéma. « Et tout le reste est des idées ».La citation du jour : « Considérer le cinéma comme un sujet de conversation, et uniquement comme tel, me semble inqualifiable. » Jean Douchet, Cahiers du Cinéma, décembre 1961

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.