Clint Eastwood adapte au cinéma ce fait divers qui a vu, en juillet 1996, durant les Jeux Olympiques d’Atlanta, l’agent de sécurité Richard Jewell être soupçonné à tort d’avoir posé une bombe. Le réalisateur américain renoue en même temps avec l'importance qu'il donne si souvent à l'héroïsme individuel.

Affiche principale du film "Le cas de Richard Jewell" de Clint Eastwood
Affiche principale du film "Le cas de Richard Jewell" de Clint Eastwood © AFP / WARNER BROS. - THE MALPASO COMPA / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, Olivia Wilde, Jon Hamm. 

En 1996, Richard Jewell, ex-policier chargé de sécurité aux JO d’Atlanta, découvrit un sac à dos contenant une bombe prête à exploser, lança l'alarme et évita un carnage. Mais le FBI le suspecta d’avoir posé lui-même la bombe tandis que la presse le traîna dans la boue, et plus particulièrement la journaliste d’Atlanta, Kathy Scruggs (Olivia Wilde). Trois mois plus tard, le soupçon qui pesait sur Richard Jewel fut levé. 

Si elle regrette un récit mineur, Sophie Avon salue le côté frondeur de Clint Eastwood et la construction de ses héros

SA : "C'est un film à la fois mineur et qui est aussi très intéressant parce que c'est Clint Eastwood.

Avec un personnage on ne peut plus caricatural : la journaliste (qui n'est plus là pour se défendre parce qu'elle est morte). Il a choisi de conserver son patronyme, ça m'a beaucoup gênée : "On est vraiment au-delà du cliché, c'est vraiment archaïque comme façon de voir les choses et ça n'apporte rien dans le récit, que ce soit vrai ou pas… C'est vraiment un choix tout à fait déplorable.

Mais en dehors de ça, il faut reconnaître que Clint Eastwood sait quand même construire des personnages, surtout quand ce sont des héros pas forcément évidents. Là, ce type qui n'a rien pour lui, qui est gros, moche, qui est à la fois obsessionnel, bizarre et en même temps très ordinaire, il en fait un héros tout à fait attachant, à la fois candide et malicieux, ce qui donne une histoire assez réjouissante, assez jolie

C'est un vrai récit d'apprentissage, d'amitié très émouvant 

Il y a le côté frondeur de Clint Eastwood qui ressort de ce film. J'aime bien parce que ce n'est pas un dangereux révolutionnaire à son pays, mais enfin, il ne cesse quand même de conspuer les instances d'autorité : ce paradoxe artistique, on le voit à l'œuvre dans le film"

Paul Walter Hauser et Sam Rockwell dans le film "Le cas de Richard Jewell"
Paul Walter Hauser et Sam Rockwell dans le film "Le cas de Richard Jewell" / 2019 Warner Bros Entertainment Inc

Nicolas Schaller déplore le côté pamphlet du film mais salue la façon dont Clint Eastwood construit ses héros 

NS : "Je trouve que le film est vraiment intéressant si on l'inclut dans le corpus de Clint Eastwood, dans son œuvre générale. Il a toujours travaillé à la fois à la démystification du héros américain, comme on peut bâtir la mythologie américaine, tout en le célébrant en même temps, c'est toute l'ambiguïté qu'il y a chez Clint Eastwood ! 

Et ces derniers temps, il le fait à travers des vrais héros, des personnages réels : le sniper dans American Sniper par exemple. 

Là, Jewell est un monstre que peut produire l'Amérique et, en même temps, c'est ça qui est terrible, c'est que l'Amérique produit des monstres et les rejette quand ils sont presque trop intègres. Parce que c'est vraiment un personnage de bon samaritain qui ne veut que servir son pays. C'est là où l'ambiguïté de Clint Eastwood est vraiment toujours très intéressante. 

Je trouve très très beau le rapport entre l'avocat joué par Sam Rockwell (un acteur formidable, on ne le dira jamais assez) et Jewell : ces deux laissés-pour-compte vont s'entraider avec une forme d'éthique et de morale individuelle, de confiance, et vont réussir à produire de la vérité. 

Après, effectivement, il y a ce côté pamphlet du film que je trouve assez lourdingue et malhonnête : il suffisait de changer le nom de la journaliste et c'était un peu plus honnête, d'autant plus qu'elle est morte. 

Dans un film qui fustige les fake news, l'info spectacle et la presse de caniveau, procéder des mêmes méthodes, c'est quand même un peu problématique. 

... Il y a toujours eu un côté roublard chez Clint Eastwood.

Si Charlotte Lipinska cible quelques imperfections dans le récit, elle applaudit son efficacité impressionnante 

CL : "Le traitement qu'il réserve à cette journaliste est vraiment problématique… Il l'est d'autant plus qu'il la dirige dans un jeu assez caricatural, quasiment parodique : elle est prête à tout pour avoir son scoop, c'est un problème. D'une certaine manière, on sent qu'il n'y a que Richard Jewell qui l'intéresse dans cette histoire et du coup, il pousse les curseurs très loin sur les autres personnages pour glorifier ce pauvre gars effectivement un peu naïf, qui est un gros bébé qui vit encore chez sa maman, qui collectionne les armes, qui est obsédé par la loi et les systèmes de pouvoir. Sur le papier, ce n'est pas forcément un personnage qui nous est très sympathique, il le rend très sympathique, il le rend très attachant puisque, effectivement, être porté en héros en 24 heures, devenir un paria et l'ennemi public numéro 1 dans les 48 heures suivantes c'est une histoire totalement édifiante

Je trouve qu'il y a quand même une efficacité dans le récit qui reste très impressionnante

Clint Eastwood déroule tout avec une sorte de force tranquille

Il n'y a pas de mise en scène ostentatoire, on est tenu en haleine, il n'y a pas de mise en scène tapageuse, il n'y a pas d'effets, il y a une sorte de transparence même de la mise en scène qui est entièrement au service du récit

Je regrette d'autant plus qu'il charge un peu trop sur certains personnages."

Paul Walter Hauser dans le rôle de Richard Jewell
Paul Walter Hauser dans le rôle de Richard Jewell © AFP / CLAIRE FOLGER / COLLECTION CHRISTOPHEL

Pierre Murat a adoré au point de trouver le scénario trop bien construit !

PM : "J'avais une longue brouille avec Clint Eastwood : je trouvais ses films vraiment très vieux, très poussiéreux, sans aucun intérêt. Je me suis réconcilié avec lui avec La mule

La réconciliation aujourd'hui est totale. Je trouve ce film formidable parce que, vraiment, c'est le cinéma américain que l'on aime ! 

Avec un scénario admirablement construit : pendant 2h10, on ne s'ennuie pas un instant. J'ai été passionné ! 

Les deux personnages sont très intéressants : l'humanité de Clint Eastwood est de montrer que ce personnage reste parfaitement ambigü en dépassant les clichés que tout le monde aurait sur lui (un peu gros, vivant chez sa maman, le croire gay), il est tout à fait intéressant. Et évidemment, Sam Rockwell est un comédien absolument formidable et génial.

Je crois que l'insolence de Clint Eastwood est là : à la fois, oui bien sûr, il est caricatural avec le FBI, mais c'est parce que l'individu, pour lui, ne peut pas être victime de quelque chose qui devrait représenter l'analyse, la loi, le FBI et la Presse. Il avait absolument besoin de montrer à quel point ce n'est pas le premier, qu'il y en avait d'autres qui l'avaient fait avant lui à Hollywood, et que la presse pouvait être cette espèce de quatrième pouvoir absolument atroce".

Le Cas Richard Jewell : Photo Clint Eastwood, Paul Walter Hauser, Sam Rockwell
Le Cas Richard Jewell : Photo Clint Eastwood, Paul Walter Hauser, Sam Rockwell / Claire Folger

Le film

► Sortie en salle le 19 février 2020. 

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9 min

"Le cas Richard Jewell" de Clint Eastwood : les critiques du Masque & la Plume

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