Alain Resnais
Alain Resnais © MaxPPP

Le cinéaste Alain Resnais est mort samedi soir à Paris "entouré de sa famille", à l'âge de 91 ans, a annoncé le producteur de ses derniers films, Jean-Louis Livi. Réalisateur de "Pas sur la bouche", "On connaît la chanson", "Hiroshima mon amour" ou encore "Les Herbes folles", Alain Resnais était un monstre sacré du cinéma.

Le réalisateur avait dernièrement été mis à l'honneur lors de la 64e édition du Festival du film de Berlin pour son dernier long métrage, "Aimer, boire et chanter" (film France Inter) et dont la sortie est prévue le 26 mars prochain.

André Dussollier, l'un des acteurs fétiches d'Alain Resnais, a rendu hommage au cinéaste dans le journal de 13h sur France Inter :

Il a toujours abordé des sujets inattendus. Il avait un appétit féroce.

Le directeur de la Cinémathèque française, Serge Toubiana, retient de son côté "l'humilité et l'élégance" d'Alain Resnais.

La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a rendu hommage au réalisateur dont l'oeuvre avait fait "rayonner le cinéma français dans le monde entier" :

Nous lui devons bien des films qui appartiennent depuis longtemps à l'histoire de notre cinéma, et même à l'histoire tout court.

Le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, a fait part de sa "tristesse de voir un géant du cinéma" s'en aller :

Ce n'est pas tant qu'Alain Resnais est mort, c'est qu'il n'y aura plus de films d'Alain Resnais.

Le chef de l'Etat François Hollande a estimé de son côté que la France perdait "l'un de ses plus grands cinéastes" et "l'un de ses plus talentueux auteurs."

Enfin, Pierre Arditi, autre acteur fétiche d'Alain Resnais, s'est dit bouleversé par la disparition du cinéaste :

C'est une énorme partie de moi-même qui vient de se tirer...

Cinéaste visionnaire et engagé

Né à Vannes en 1922, Alain Resnais se passionne très tôt pour toutes les formes d'art, de la photographie à la littérature, et se voit offrir à l'adolescence sa première caméra Kodak, avec laquelle il tourne quelques films en super 8 dont un "Fantomas".

Egalement passionné de théâtre, il s'inscrit au Cours Simon avant d'intégrer en 1943 la première promotion de l'IDHEC (équivalent de la Fémis), en section montage.

Il commence sa carrière en tournant de nombreux courts-métrages comme "Van Gogh" (1948) ou "Guernica" (1950). Mais c'est son documentaire "Nuit et brouillard" (1955) qui le révèle.

Alain Resnais dans les années 60
Alain Resnais dans les années 60 © Corbis

Au début de la Nouvelle Vague, sa première fiction, "Hiroshima mon amour" (1959), révolutionne les conceptions classiques de narration de l'époque. Il y expose sa problématique de la mémoire et de la destruction du récit, qu'il approfondit dans "L'Année dernière à Marienbad" (1961) et "La Vie est un roman" (1983).

Cinéaste engagé, les thèmes de la guerre et de la politique sont également très présents dans son oeuvre : "Muriel" (1963), "Stavisky" (1974) "La Guerre est finie" (Prix Louis-Delluc en 1966).

A partir des années 80, Resnais fait appel à un trio d'acteurs auxquels il offre, au fil des ans, des partitions subtiles et variées : André Dussollier, Pierre Arditi et sa muse Sabine Azéma qu'il a épousée en 1998.

Si à ses débuts, il collabore avec des scénaristes tels que Duras ou Robbe-Grillet, il s'entoure au début des années 1990 d'auteurs plus grand public. Il signe avec le couple Bacri-Jaoui "Smoking / No smoking" (1993) et "On connaît la chanson" (1997).

Dans les années 2000, il réalise une comédie musicale, "Pas sur la bouche" (2003) puis un autre film choral, "Coeurs" (2006).

Alain Resnais en 2006
Alain Resnais en 2006 © Corbis

En 2009, Alain Resnais est sélectionné pour la sixième fois de sa carrière en compétition au Festival de Cannes pour son film "Les Herbes folles" où il reçoit des mains de la présidente du Jury Isabelle Huppert le prix exceptionnel du Festival de Cannes.

Trois ans plus tard, le réalisateur signe "Vous n'avez encore rien vu", présenté en compétition au 65e Festival de Cannes en 2012.

À l'occasion de la sortie de ce film, Eva Bettan, spécialiste du cinéma à France Inter, avait rencontré Alain Resnais. Le réalisateur lui avait alors confié ceci :

Je sais que j'ai une réputation de faire des films difficiles ou intellos. Mais j'ai toujours le souci du spectateur : est-ce qu'à ce moment-là il ne va pas quitter la salle ou remuer dans son fauteuil ?

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