Les chiffres se suivent et ne se ressemblent pas… Le week end a vu « Entre les murs » devancer contre toute attente « Faubourg 36 » : dimanche soir, on était à 356 494 spectateurs pour le premier (avec 368 écrans) et 345 453 pour le second (avec 594 écrans). Mais c’est quoi cette fixette sur le box office, me direz-vous ? A vrai dire, je trouve le « match » intéressant. Non qu’il s’agisse à proprement parler de David Cantet contre Goliath Barratier, l’effet Palme d’Or compensant en partie la grosse machine faubourienne. Tout pourtant laissait présager une nette domination de « Faubourg 36 » : plus de sous, plus de stars, plus de com, plus de salles, on pouvait difficilement faire mieux. Or, il semble que le public ait envie d’autre chose, ou du moins qu’il n’ait pas très envie de se plonger dans l’univers très carton-pâte et bons sentiments du film de Christophe Barratier. Car, au final, c’est bien d’envie dont il s’agit. Toutes les études le montrent, en effet, l’envie de voir ou non un film est le moteur de l’immense majorité des spectateurs potentiels lesquels sont beaucoup moins sensibles aux autres « motivations » que sont la pub ou la presse notamment. Cela rend définitivement modeste et cela devrait interdire l’arrogance des « communiquants » en tout genre…Reste que de mon côté, je regarde ce combat avec un certain détachement, car j’ai dit ici même mes réserves sur ces deux films ! Je ne reviens plus sur le Barratier, tout a été dit. Pour le Cantet, une amie cinéphile, pertinente et judicieuse m’a écrit après l’avoir vu ce week end précisément : « Agaçant, pas désagréable. Mais, à mon avis, dans 10 jours, je l’ai oublié. » Et d’ajouter dans la foulée : « Vu le Honoré ("La Belle Personne", note du blogueur), ce week end (vous voyez bien que cette amie est très cinéphile, elle va deux fois au cinéma en deux jours ! re-note du blogueur). Depuis, il me trotte dans la tête. »J’aime bien cette idée du film qui trotte dans la tête. Jean Renoir ne disait rien d’autre en affirmant que chaque spectateur après le mot « Fin » se fait son propre film dans sa tête, lui donnant en quelque sorte une suite toute personnelle. Il y a incontestablement les films qui trottent et par ailleurs ceux qui stagnent , ceux qui régressent ou qui ne décollent pas. Evidemment, le trot, c’est magique, c’est ce qui vous fait aimer le cinéma plus que tout parfois. Et puis, il y a les films qui vous font mal à la tête. Cet après-midi en projection de presse, j’ai ainsi vu « Vilaine » d’ Allan Mauduit et Jean Patrick Benes, avec Marilou Berry. J’ai voulu rester jusqu’à la dernière image, malgré tout. J’ai eu tort. Ce film n’est pas pour moi. Ce film m’agresse, me méprise. Il m’en veut à force d’être laid, vulgaire, collant et lourd, pas drôle et même profondément triste. Il lorgne vers Jeunet et Chatillez et il lorgne mal, en louchant, d’un œil torve qui plus est. Il sort en salles le 12 novembre. J’ai fait mon travail, je vous ai prévenus…La phrase du jour ? "Il y a le visible et l’invisible. Si vous ne filmez que le visible, c’est un téléfilm que vous faites." Jean-Luc Godard

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