Terry Gilliam rêve à cette adaptation folle du "Quichotte" de Cervantès depuis 30 ans… Après bien des mésaventures (accidents, procès, crise cardiaque…), le film est enfin dans les salles, avec Jonathan Pryce en Don Quixotte et Adam Driver en Sancho Panza… Que vaut le film ? Extrait des critiques du "Masque & la Plume"

"L'homme qui tua Don Quichotte" : dans les salles depuis le 19 mai 2018 (image extraite du film)
"L'homme qui tua Don Quichotte" : dans les salles depuis le 19 mai 2018 (image extraite du film) © AFP / Tornasol films / Alacran picture / Collection ChristopheL

L'homme qui tua Don Quichotte, ce n’est pas le producteur Paulo Branco, qui a tout fait pour empêcher sa sortie après un inextricable imbroglio juridique, c’est le nouveau film de Terry Gilliam, cinéaste de Brazil et des Aventures du baron de Münchausen, mais aussi roi de la poisse, empereur de la scoumoune. Rappelons que Terry Gilliam rêve à cette adaptation folle du "Quichotte" de Cervantès depuis 30 ans et que la première version, celle de 2000, fut marquée par le retrait, à cause d’une double hernie discale, du cavalier Jean Rochefort et l’arrêt immédiat du tournage. 

Aujourd’hui, le film (de 2h12) réunit Adam Driver, Jonathan Pryce et Olga Kurylenko. Où l’on voit un réalisateur de pubs, Toby, joué par Adam Driver, revenir en Espagne sur les lieux de son film d'étudiant, une adaptation lyrique de Cervantès. Il est rattrapé par son passé, et part pour le village où il avait tourné, où il rencontre un vieil acteur qui se prend pour le Chevalier à la Triste Figure (Jonathan Pryce). 

C’est un film délirant, halluciné, surréaliste, bref, "gilliamesque", où il ne reste plus grand-chose de Cervantès. Même la sortie a été délirante, le producteur Paulo Branco arguant que le film lui appartient. Et Terry Gilliam, sous le choc, faisant un AVC juste avant Cannes.

Jean-Marc Lalanne : "le film est en trop ; il abîme la légende"

On voit un film sans cesse en concurrence avec la légende de sa fabrication... et même, une couche s'est rajoutée avec sa sortie très tumultueuse. 

Le film ne peut pas rivaliser. D'autant plus qu'il raconte le tournage impossible d'un film sur Don Quichotte et l'adaptation de Cervantès impossible. Je pense vraiment que le film est en trop ; il abîme la légende. On est embarrassés, ça serait mieux qu'il n'existe pas...

Nicolas Schaller : "Ce film aurait gagné à être maudit et à ne pas sortir"

Ce qui est fou, c'est à quel point Terry Gilliam intègre le making-of de ces 25 ans de galère dans son film. Le film commence quand même par : 

Et maintenant, après 25 ans de besogne et de foire d'empoigne... 

Ça dit tout de suite où se place Gilliam - et il est le pire avocat de lui-même : il ne cesse de montrer, à travers le personnage que joue Toby, que c'est un réalisateur inconséquent, fou... c'est une espèce d'auto-célébration de sa folie. C'est assez triste. 

Et puis on se rend compte à quel point l'imaginaire de Terry Gilliam a vieilli, à quel point il n'a pas évolué avec les époques.

Danièle Heymann : "j'ai été bouleversée"

J'a été touchée. Don Quichotte, c'est Terry Gilliam, ce vieux monsieur qui n'y arrive pas, qui se prend pour Don Quichotte.

Je trouve Jonathan Pryce formidable en Don Quichotte qui se prend pour Don Quichotte qui se prend pour Don Quichotte qui...

Bon, d'accord, le film est imparfait, boiteux, testamentaire mais j'ai été bouleversée. Je vous plaint beaucoup de vous être emmerdé à ce point-là ; moi pas du tout. Je l'ai trouvé bosselé, bizarre, totalement mélancolique, et que c'était un rêve de film qui tournait au cauchemar et qui redevenait un rêve... C'est le rêve de Terry Gilliam enfin sur l'écran.

Jonathan Pryce et Terry Gilliam sur le tournage du film de ce dernier, "L'homme qui tua Don Quichotte"
Jonathan Pryce et Terry Gilliam sur le tournage du film de ce dernier, "L'homme qui tua Don Quichotte" © AFP / Tornasol films / Alacran picture / Collection ChristopheL

Sophie Avon : "Après 30 ans de gestation, on pouvait s'attendre peut-être à mieux..."

Néanmoins, je trouve qu'il y a des choses très belle dans le film, notamment le personnage que joue Jonathan Pryce dans le film avec une humanité, une innocence, une malice, vraiment irrésistible et très drôle, dans sa façon de se prendre sans cesse pour Don Quichotte alors que c'est un petit cordonnier, et de traiter son réalisateur comme si c'était Sancho Panza.

Le problème du film, c'est que l'homme qui tua Don Quichotte, c'est lui évidemment, puisqu'il a enfin tué son rêve... mais il a du mal à le faire, et ça prend un temps infini et je crois que la dernière demi-heure massacre le film.  

Ecoutez

Ecoutez toutes les critiques échangées autour de Jérôme Garcin sur le film :

5'12

"L’homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam : les critiques du Masque et la Plume

Aller plus loin

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.