Le documentaire Le Faussaire, réalisé par Sam Cullman et Jennifer Grausman, actuellement au cinéma, raconte le destin de Mark Landis : un américain un peu dérangé mais attachant, qui a passé sa vie à tromper le monde de l’art. Histoire vraie d’un maître du faux…

Affiche du film "Le faussaire"
Affiche du film "Le faussaire" © Radio France

Mark Landis est un personnage hors du commun. Le documentaire Le Faussaire (Art and Craft, en version originale) dresse le portrait de cet homme, diagnostiqué schizophrène, qui a passé sa vie à réaliser de fausses œuvres d’art, pour les donner à des musées américains, en les faisant passer pour vraies… Son mode opératoire ? S’appuyer sur de vieux catalogues d’expositions datant des années 70 ; reproduire des œuvres à coup de crayons de couleurs, de photocopieuse et de traces de café ; proposer le résultat aux grandes institutions d'art, enrobées d’une petite histoire. Landis s’est par exemple inventé une sœur imaginaire : Emily. « J’ai retrouvé dans les affaires de ma sœur Emily, qui vient de mourir, ce tableau qu’elle avait acheté dans une vente aux enchères. Seriez-vous intéressé ? », dit-il au culot à un responsable de lieu institutionnel. Emballé, c’est pesé. Etles plus grands musées se sont faits avoir…

Obsessions en série

Mark Landis ne fait pas cela pour de l’argent : il offre gracieusement ses tableaux. « Je n’ai commis aucun crime ! », déclare-t-il quand on lui demande s’il est conscient que « c’est mal » de tromper les spécialistes. Pourtant, pour Matthew Leininger , cette imposture est extrêmement grave. C'est cet ancien conservateur au musée d'art d'Oklahoma City, qui a découvert le pot aux roses : il s’est donné pour mission detout faire pour arrêter Mark Landis . De nature psychorigide, il en a même perdu son travail : « Je suis devenu obsédé par lui, comme il peut l’être avec ses peintures », avoue Matt Leininger au cours du film. De lui ou de Mark Landis, le spectateur se demande lequel est le plus dérangé...

En 2011, la réalisatrice Jennifer Grausman lit un article du New York Times en 2011. Rapidement, elle devient, elle aussi, obsédée par cet étrange faussaire. Quand elle le rencontre pour le tournage du documentaire, Mark Landis n’est pas du tout méfiant. Au contraire : « Il était très excité d’être écouté, comme s’il avait attendu toute sa vie de pouvoir raconter son histoire », se rappelle la réalisatrice. Le tournage s'étalera sur trois ans.

Une exposition regroupant les œuvres-copies de Mark Landis est organisée le 1er avril 2012, aux Etats-Unis, en guise de poisson d’avril, mais aussi comme une réflexion sur le faux dans l’art et la découverte de ce personnage hors norme. Pendant le vernissage, une femme lui demande : « Mais pourquoi ne pas réaliser vos propres œuvres d’art ? » C’est chose faite : «Aujourd’hui, il a créé son site Internet et propose aux internautes de dessiner des portrait à partir de leurs photographies. Maintenant, il fait ses propres peintures », explique Jennifer Grausman.

"Le faussaire", de Sam Cullman et Jennifer Gausman
"Le faussaire", de Sam Cullman et Jennifer Gausman © Radio France

De ce film, le milieu de l’art en ressort un peu ridiculisé : si certaines conservateurs dupés et interrogés dans le documentaire ont été très mécontents en voyant le montage final, d’autres ont été émerveillés et voulaient même le diffuser dans leur musée… Du point de vue des droits d’auteurs, seuls les ayants droit français de la famille Picasso ont réclamé un accord préalable, pour diffuser le film. « De l’argent ? », demande-t-on à la réalisatrice Jennifer Grausman. « C’est confidentiel », répond-elle, amusée.

Le faux a toujours été un sujet de réflexion immense dans le monde de l’art. A Londres par exemple, à la Dullwich Picture Gallery, l’artiste New-Yorkais Doug Fishbone , a glissé une copie d’une œuvre parmi 270 « vrais » tableaux de Rembrandt, Rubens, Murillo, Poussin … L'initiative, retracée en janvier par The Guardian, vise à pousser les visiteurs à regarder plus attentivement les œuvres d’art. Le faux utilisé a été réalisé par une entreprise chinoise, pour un montant de 160 euros. A charge aux visiteurs de le détecter et s’ils le souhaitent, d’envoyer leur réponse sur Twitter avec les hashtags #dulwichgallery et #madeinchina.

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