L’image s’écoute

Le temps ne passe pas. Nous passons dans le temps.

Cette quarantième édition en témoigne : l’esprit du Festival a toujours été de s’effacer derrière les artistes qu’il accompagnait ; ces quarante années leur appartiennent, à eux et aux souvenirs qu’ils ont laissés dans la mémoire de ceux – vivants, disparus – qui ont assisté à leurs spectacles, écouté leur musique, vu leurs films.

Le sort nous a cette année donné à méditer, en la personne d’Anri Sala, artiste à qui le Festival a confié la réalisation de l’affiche de sa nouvelle édition, une très curieuse ritournelle : « Should I stay or should I go? ». C’est aux Clash, groupe britannique emblématique du mouvement punk, qu’Anri Sala a emprunté ces quelques mesures, ici transcrites pour carte perforée ou mécanisme de boîte à musique. Par ces signes abstraits qui creusent la couverture de ce programme, l’air d’un orgue de barbarie passe et fredonne un refrain né en 1982 et que le choix de l’instrument projette aujourd’hui dans des temps plus anciens.

Le temps ne passe pas. Nous passons dans le temps.

Pour Anri Sala, ces signes sont le langage sensible d’une perception codée du monde. Le souvenir de la vie, récit cristallisé, inscrit dans le temps, d’une petite mélodie à laquelle la mémoire s’attache ; la présence de la vie, l’espace physique dans lequel elle se déploie, espace vibrant que le corps perçoit avant de le penser.

Merce Cunningham Dance Company
Merce Cunningham Dance Company © Tony Dougherty

L’éphémère des spectacles et des concerts proposés chaque automne par le Festival depuis quarante années arrache aussi, à sa façon, des lambeaux d’images et des intonations de voix, de ces curieuses petites mélodies qui disent le temps des époques qu’elles traversent et l’espace des scènes qu’elles occupent.

Plus de soixante propositions composent cette année l’alchimie énigmatique des spectacles qui diront l’Automne. Visages familiers et nouveaux venus s’y rencontrent, les continents et les langues s’y croisent. Les pages qui suivent sont à lire comme on lit une carte, à chacun de choisir où poser ses pas.

Pierre Richard Président et Marie Collin et Joséphine Markovits Directrices artistiques.

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