Premiers crus - extrait du Masque et la plume 27.09.2015
Premiers crus - extrait du Masque et la plume 27.09.2015 © Radio France

"Ridicule", "aberrant", "juste une pub pour la Bourgogne"... Les critiques Sophie Avon (Sud-Ouest), Eric Neuhoff (Figaro), Jean-Marc Lalanne (Inrockuptibles) et Alain Riou (Obs) réunis autour de Jérôme Garcin n'ont pas aimé Premiers Crus.

Jérôme Garcin présente le film :

Un film deJérôme Le Maire qui se passe en Bourgogne, avec dans le rôle du vieux viticulteur bouchonné et barbu, Gérard Lanvin qui s'y colle. Son domaine "Maréchal" en Côte d'Or prend l'eau, et donc il ne rêve que d'une chose, c'est de quitter ses vignes pour la mer pour pouvoir échapper à la faillite, il abandonne son exploitation à son fils joué Jalil Lespert qui est devenu un œnologue à Paris.

Le fiston va relever le défi avec des méthodes un peu anciennes puisqu'il attèle un cheval de trait, il achète des amphores romaines, il paraît que c'est très bien pour le vin, et il presse le raisin aux pieds sous les yeux énamourés de sa voisine jouée par Alice Taglioni, elle aussi fille de Viticultrice . Si vous ne me suivez pas, ce n'est pas grave. Ça s'appelle Premiers crus , à côté Le Sang de la vigne , c'est du Martin Scorcese.

J'ai noté quelques aphorismes qui m'ont bien plu , que je vous conseille pour ce soir : "faire du vin, c'est un sacerdoce", "la vigne c'est sacré", "la tradition, c'est la transmission", et bien-sûr l'incontournable : "le terroir parle". Il y aussi "les emmerdes, c'est comme le raisin, ça vient par grappe". J'ai oublié de signaler que la sœur de Jalil Lespert, c'est Laura Smet.

Eric Neuhoff :

Il y a un public pour ça. Il y a des tas de gens qui aiment les films de crus ! C'est épouvantable. Mais j'ai quand même bien ri. Ça va devenir un film culte qu'on pourra se passer en DVD parce que c'est quand même gratiné. Audiard ne se retourne pas dans sa tombe : il est passé à la centrifugeuse, là ! C'est plein de conneries : les enfants passent à l'improviste, chez la mère, et elle leur dit à chaque fois : "mais pourquoi tu ne m'as pas appelée ?" Et ils répondent, "mais tu n'as pas le téléphone !" Deux fois !

Et elle n'a pas Alzheimer du tout. En revanche les scénaristes doivent avoir une case en moins. La mère, toujours, se plaint parce qu'elle ne voit pas assez ses enfants, et elle dit un truc aberrant : "si au moins j'avais eu une chèvre, j'aurais eu du lait !" L'image est assez belle. Mais c'est comme une bouteille dont l'étiquette serait très jolie; mais qui aurait à l'intérieur un truc imbuvable.

Sophie Avon :

Il y a quelque chose de dévoyé par rapport à l'attachement au terroir : ça peut être une chose légitime et belle, mais là, je trouve que le film est obscène. Il y a une obsession avec ça.De les entendre tous répéter qu'ils ne pourraient pas vivre ailleurs, alors même que le slogan du film, c'est : "on mérite une terre, on en hérite pas". Les personnages sont obsédés par cette idée qu'on ne pourrait pas vivre ailleurs, que c'est que là que l’on pourrait vivre.

De toutes les façons, je n'ai rien à dire sur le film est enluminé comme une pub, je pense que les vins de Bourgogne ont coproduit le film et ils sont très contents parce que c'est un catalogue de pubs. Mais même l'amour, il le filme comme ça. Bon voilà, c'est nul ! Par ailleurs, il est incarné ce film : bizarrement Jalil Lespert, n'est pas ridicule en œnologue. Mais de toutes les façons, l'histoire est ridicule.

Alain Riou :

Il y a une espèce de philosophie, un angle, une thèse à savoir Jalil Lespert qui reprend en main cette vigne après avoir critiqué celle des autres décide de revenir à une certaine authenticité.

C'est à dire : le cheval, les amphores, fouler le raisin au pied, plus d'insecticide, ni de sulfatage... mais le film est totalement aseptisé. On a l'impression qu'il a peur de l'imprévu. Il n'y a pas une once de chose que l’on n’attend pas. On va de "souprise" en "souprise".

Jean-Marc Lalanne

C'est tout à fait ça. C'est un éloge du fait-main, de l'artisanat alors que c'est le produit industriel le plus bâclé, le plus approximatif que l'on peut imaginer avec une idéologie un peu dégoutante.

Avec cette phrase dont parlait Sophie : ceux qui la méritent sont ceux qui en héritent précisément. Tous les étrangers sont délégitimés. Ça fait froid dans le dos. Visuellement je trouve ça affreux : entre une pub pour le Crédit agricole et un mauvais pilote d'une série télé de France Télévision de 1994...

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La bande annonce

Les autres films :

  • Les Deux amis , de Louis Garrel.
  • La Vie en grand , de Mathieu Vadepied.
  • The Program , de Stephen Frears.
  • The Look of Silence , de Joshua Oppenheimer.
  • Une enfance , de Philippe Claudel.
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