Je sors à l’instant ou presque d’une projection « secrète ». L’une de ces « mystérieuses » projections pour lesquelles une attachée de presse vous passe un coup de fil le plus discret possible en vous disant : « On organise une projection de – bip – le nouveau film de – bip - qui risque d’être en compétition au Festival de – bip – , mais il ne faut surtout pas en parler avant la conférence de presse du Festival de – bip – qui a lieu jeudi prochain. » On nous demanderait presque de nous transformer en petite souris ou d’adopter l’attitude de celui qui s’amuse à lutiner en douce sans se faire remarquer de personne. Je réponds donc que oui c’est promis, c’est juré, je ne dirai rien, je n’écrirai rien avant jeudi à propos de – bip -. Que voulez-vous faire d’autre ?!Je vais donc tenir ma promesse, même si tout cela est un peu ridicule. Il faut voir par exemple la façon dont mes confrères et moi-même dans les jours qui précèdent ce genre de projection faisons assaut de circonvolutions verbales de peur d’annoncer à quelqu’un qui ne serait pas invité l’existence de ladite projection dans son dos. Ridicule, grotesque, oui, mille fois, oui.Que les choses soient claires, il s’agit évidemment de la manifestation la plus stupide de la folie douce qui s’empare du petit milieu du cinéma quelques semaines avant l’ouverture du Festival… de Cannes (mais, non, je n l’ai pas dit.. mais si puisque cela pour le coup, c’est un secret de Polichinelle !). Jusqu’au 13 mai prochain, premier jour du Festival, les journalistes de cinéma vont donc tenter de voir à Paris le plus grand nombre de futurs films cannois. C’est un sport comme un autre. Et qui existe à ce point d’incandescence pour deux raisons. L’une prosaïque et donc noble : il s’agit de se ménager une ou deux grasses matinées à Cannes, voire plus pour les plus malins ou les plus aguerris, en voyant à Paris, en amont donc, un ou deux films projetés en projections de presse à huit heures du matin durant le Festival. L’autre raison est parfaitement mesquine : épater la galerie en disant haut et fort dans les dîners parisiens « le film de – bip - qui est en compétition, mais je l’ai déjà vu depuis quinze jours, pas toi ? ». Bienvenue dans les coulisses !Alors voilà, j’ai vu ce soir un film étranger, un mélo magnifique, une œuvre légère et grave avec une étonnante Audrey Hepburn bis. J’arrête, j’arrête ! Mais, c’est un beau début pour Cannes. Si les autres films que l’on découvrira là-bas sont de ce niveau, tout ira bien. La phrase du jour ? « Tout partager était notre plus grand plaisir… »Dave Bannion, alias Glenn Ford, dans « Règlement de comptes » de Fritz Lang

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.